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Je sors un instant de mon mutisme — j'ai beau ne pas encore être en vacances, j'ai du être contaminé par l'incroyable torpeur qui saisit Paris au mois d'août — pour partager rapidement ce petit graphe assez intéressant :

Bloggers Arrest Is On Rise

Parmi les pays ayant arrêté des blogueurs entre 2003 et 2007, les champions sont sans contestation possible l'Egypte et la Chine, avec respectivement 14 et 11 arrestations. Avec 7 arrestations sur la période, l'Iran est un peu à la traîne, mais devrait vite rattraper son retard.

Au rayon des surprises : la présence des Etats-Unis avec 4 arrestations ; mais aussi de la Grèce, du Canada, du Royaume-Uni et... de la France, avec une arrestation chacun. Plus d'infos ici.

Notre blogueur arrêté national, Christophe Grébert, est d'ailleurs toujours en procès.

Au fait, qui continue de suivre les blogs en août ?
Guy Sorman :
On comprend pourquoi les biologistes quittent notre pays : que ferait Louis Pasteur de nos jours ?
Pas grand chose à mon avis.

L'antisémitisme contemporain

Siné, encore et toujours. La polémique ne s'éteint pas : Rioufol et Joffrin, dont l'inhabituelle proximité sur ce sujet me rassure, en remettent une couche chacun. Ils ont bien raison.

Aussi, Authueil a publié aujourd'hui un billet en dessous duquel j'ai beaucoup commenté, pas toujours sereinement d'ailleurs — ce qui reflète, un peu maladroitement j'en conviens, combien je suis en désaccord avec lui sur le sujet. Heureusement, Hugues est autrement plus habile que moi.

Je ne suis pas d'accord pour dire que les mots de Siné sont anodins : j'y vois au contraire tous les éléments du vieil antisémitisme français, celui qui se retrouve hélas autant chez une certaine gauche que chez une certaine droite. Ecrire que le propos n'est tout simplement peut-être "pas forcément agréable pour la communité juive", je trouve cela absolument inacceptable. Notez le glissement : il ne s'agit plus d'antisémitisme, mais de blesser ou non la "communauté juive". Rien d'objectif là-dedans, simplement une histoire de victimologie. De là à écrire que Siné n'a fait que réveiller un puissant lobby, il n'y a qu'un pas.

Ce pas est pratiquement franchi par Authueil dans son second paragraphe, lorsqu'il écrit :
Enfin, cela a permis à ceux (BHL entre autres) qui se posent en grands champions de la lutte contre l'antisémitisme (réel et surtout imaginaire), d'ajouter une tribune de presse à leur compteur et de marquer ainsi leur territoire symbolique (eux seuls sont légitimes à s'exprimer contre l'antisémitisme).
Je passe ensuite sur la dénonciation de l'intelligentsia de Saint Germain, qui décolle difficilement du niveau des pâquerettes. La conclusion est bien plus savoureuse :
Pas la peine donc de creuser et d'analyser, cela n'a aucun intérêt !
La messe est dite. Circulez, y'a rien à voir.

Laurent Joffrin retrouve bien une ancienne citation de Siné, mais j'imagine qu'elle sera encore plus facilement écartée que la première.
Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs. Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est propalestinien. Qu’ils meurent.
La parade est toute trouvée : c'est de la provocation ! Une allusion antisémite, ça n'est pas assez ; une attaque frontale, c'est de la provocation. Hugues a raison d'écrire :

« Mais, rétorquerai-je alors, quand avez-vous admis, pour la dernière fois, qu’il existait de l’antisémitisme réel ? Je veux dire, depuis la fermeture des camps de concentration ? Et d’ailleurs, puisque toutes les dénonciations de l’antisémitisme sont désormais perçues comme de la stratégie ou de la paranoïa, quelle est votre définition de l’antisémitisme contemporain ? »

Ma définition de l'antisémitisme contemporain, c'est un retour à l'antisémitisme de Paul de Tarse, adapté pour les besoins de la cause aux pseudo-universalismes contemporains. C'est dire que le nom Juif n'existe pas.

Il existe une "communauté juive" — d'ailleurs un peu trop bruyante et facilement outragée — ; il existe aussi une entité, Israël, fiction juridique au service d'une vaste entreprise de colonisation et de persécution ; il existe une religion juive — dans le meilleur des cas interchangeable avec toutes les autres dans le grand combat pour la laïcité, et dans le pire, la première à abattre car matrice des deux autres. Mais pas de peuple juif. Pas de Juif.

Et donc pas d'antisémitisme. Des maladresses, des provocations, des idées qui dérangent... mais pas d'antisémitisme.

Alors je sais bien qu'Authueil n'est pas antisémite. Je ne lui fais pas l'affront d'imaginer une seconde qu'il puisse l'être — qu'on ne me fasse pas celui de croire que je l'en accuse. Même si je ne saurais trop marquer mon désaccord à la lecture de son texte, ce n'est pas tel ou tel auteur que je vise dans ce billet, mais bien plutôt une certaine disposition d'esprit qui s'installe peu à peu dans la société française. La vigilance est devenue paranoïa ; la rectitude morale intolérance. Tout cela me rappelle les mots suivants :
Je me souviens de la fois où j'ai été kidnappé et qu'on a envoyé un morceau de mon doigt à mon père. Il a dit qu'il voulait plus de preuves.
— Rodney Dangerfield, comique américain né Jacob Cohen en 1921 et décédé en 2004.

Publier, c'est choisir

Publier, c’est choisir. Choisir de ne rien dire après avoir publié Siné, c’est choisir l’antisémitisme. On n’attend pas d’un journal qu’il soit le simple réceptacle des éructations plus ou moins bienvenues de tel ou tel folliculaire. On attend de lui qu’il respecte ses valeurs et ses lecteurs.
Je suis assez peu souvent d'accord avec ce qu'écrit Laurent Joffrin pour me fendre d'une citation quand ça arrive ! Le reste de l'article est ici. Elémentaire, certes, mais ce qui va sans dire va toujours mieux en le disant.

C'est la spécificité de l'antisémitisme de gauche que de se draper dans une pseudo-tolérance ultra-égalitariste et superficielle pour en réalité confiner à la haine de la différence, jusqu'à la névrose. Et ce sont toujours les mêmes qui sont visés.

P.S. : ça discute aussi à ce sujet chez Polluxe, qui n'est pas de mon avis.
P.P.S. : Rioufol aussi est d'accord avec Joffrin — et ça, c'est encore plus rare.
Et la France est bien partie pour conserver longtemps deux traits qui la distinguent défavorablement parmi les démocraties modernes : une deuxième chambre structurellement acquise à un camp, et des députés qui sont, majoritairement, des élus locaux plutôt que des représentants du peuple.
Ceteris Paribus.
Je vois que dans les 18 sorte de discrimination il n'y a pas le look, ou les gout differants. (sic) Ce faire frapper en se faisant insulté de sataniste ca fait pas du bien & ca devrait être une discrimination. Mais bon, c'est la lois, on peux pas la changer (sic)
C'est le genre de commentaires qu'engendre le Skyblog de la HALDE. La réponse apportée à cet éclair de génie vaut également le détour. L'avocat en moi s'est un peu éteint, à l'intérieur.
La HALDE, créature administrative aux contours mal définis, a annoncé hier s'être dotée — tenez-vous bien — d'un "blog anti-discrimination". Qu'aucun des onze membres de cet auguste gadget aréopage, probablement très occupés vu leurs CV respectifs, n'ait (apparemment) senti le ridicule du qualificatif, passe encore.

Mais ça n'est pas tout, hélas. Le blog en question — tenez-vous encore mieux — est hébergé par... Skyrock.

Oui oui, vous avez bien lu. La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, autorité administrative indépendante, composée, on l'a dit plus haut, de onze membres nommés par tout ce que la France compte de têtes bien faites, conseillée par son comité consultatif fourni séparément, la HALDE donc, a ouvert un Skyblog.

C'est Skyrock qui va être content ; ça risque de faire un max de traffic, ça, la HALDE. Versac a bien fait d'arrêter, il aurait été bouffé tout cru.

L'état de choc dans lequel je me trouvai à la lecture de cette information, redoublé par l'effort de rédaction de ce billet, m'interdit de vous fournir un lien. Ne m'en voulez pas.

Ah, j'oubliais : faites attention, c'est un blog "pour les jeunes". Il faudra d'ailleurs que la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité nous explique comment elle définit ça, un "jeune". J'ai 28 ans. Je compte comme "jeune", moi ? Où est-ce qu'on tire un trait entre les "jeunes" et les "pas jeunes" ? Comment on discrimine distingue entre les deux ?

Ne vous vexez pas, les "vieux" : la semaine prochaine, le Conseil constitutionnel ouvre sa page sur MySpace !
Monique Dagnaud, directeur de recherches au CNRS, publie un papier intitulé Desperate French TV sur Telos. Difficile d'isoler un passage en particulier dans cet excellent texte, alors en voci la conclusion :
De fait, au lieu de renverser le modèle audiovisuel français, au lieu de le tirer par le haut, toutes les décisions en cours vont en renforcer les tropismes. Etatisme, malthusianisme financier et, aux fins de garantir un volume de production, tour de vis au carcan réglementaire : voici les réjouissantes perspectives ouvertes par cinq mois de débats sur l’avenir de l’audiovisuel.

Morale de l’histoire : les séries américaines ont de beaux jours devant elles à la télévision française. Faut-il brûler le modèle audiovisuel français ? Hollywood vote non.

A lire attentivement, absolument, entièrement et de toute urgence.
Difficile de concilier ça :
« C'était une cérémonie à but privé, pas à but médiatique » D'ailleurs, ni l'humoriste Dieudonné, ni le prêtre de permanence hier à l'église Saint-Eloi de Bordeaux (Gironde), ni Jean-Marie Le Pen ne confirment. Selon nos informations, corroborées par celles de l'abbé Guillaume de Tanoüarn (1), le plus jeune des quatre enfants de Dieudonné, une petite fille, a été baptisé vendredi, en toute discrétion, par l'abbé Philippe Laguérie, issu de cette mouvance traditionaliste, en présence de Jean-Marie Le Pen. Le président du FN serait le parrain de l'enfant. Tout comme il l'a été du fils de son ancien numéro 2, Bruno Mégret.
Et ça.

Pascal Salin sur les niches fiscales

Pascal Salin, ce matin dans les Echos :
La solution est simple : il faut supprimer toutes les niches fiscales, sans exception, mais en diminuant simultanément le poids de l'impôt, en particulier par la diminution ou la suppression de la progressivité de l'impôt sur le revenu. Telle fut d'ailleurs la politique suivie avec succès par l'administration Reagan et adoptée dans d'autres pays. Mais en France, on parle de supprimer ou de limiter les niches fiscales sans contrepartie du côté de l'allègement des impôts. Le langage utilisé est significatif : on dit que les niches fiscales « coûtent à l'Etat 73 milliards », comme si ces sommes appartenaient par nature à l'Etat et que celui-ci les donnait généreusement aux citoyens. Mais elles appartiennent à leurs propriétaires légitimes et il se trouve seulement que l'Etat renonce à les accaparer. Au demeurant, une partie de cette somme existe précisément parce que les activités correspondantes bénéficient de niches fiscales. En les supprimant sans alléger l'ensemble de la fiscalité, l'Etat ne récupérerait pas 73 milliards, mais probablement beaucoup moins.
C'est la conclusion. Le reste de l'article est tout aussi intéressant.

Action ou compassion ?

Jules vient de publier un intéressant billet sur le rôle et les risques d'un excès de compassion en économie et en politique. Il illustre son propos par des références à l'aide aux pays en développement, aux associations d'aide contre la pauvreté, à la politique pénale, aux manifestations contre le passage de la flamme olympique à Paris, et même à la mobilisation pour la libération d'Ingrid Bétancourt.

L'analyse est aussi fine que pertinente. Il me semble en effet que dans nos sociétés démocratiques, et plus spécialement en France, la compassion — ou plutôt les signes de compassion — se substitue progressivement mais dangereusement à l'action politique, à la fois comme posture préférentielle et comme méthode de gouvernement.

La préférence de la compassion par rapport à l'action se nourrit, je crois, de deux facteurs complémentaires. Jules soulève justement le premier, d'ordre finalement assez narcissique. Mais il en existe un second, qui boucle la boucle : l'aversion pour l'action, sœur jumelle de la peur du changement, qui se trouve parfaitement illustrée par le principe de précaution par exemple.

On préfère donc la subvention à la dérégulation, des deux côtés de la table des négociations. L'Etat parce que, comme le note Alexandre Delaigue (cité par Jules), cela lui permet de montrer qu'il n'est pas sourd aux revendications des pêcheurs, agriculteurs, taxis, etc. ; et ces derniers parce que ce système leur permet de préserver leur rente de situation tout en l'améliorant.
 
C'est dans cette forme de narcissisme ultra-conservateur que réside la véritable menace, qui confine au malthusianisme politique.
Eric Dupin dans Presse-Citron :

Même s’il existe de belles histoires d’entrepreneurs partout dans le monde, l’ascension fulgurante du concept inventé au fond d’un garage reste quand même une spécialité complètement américaine, qui est à la culture US ce que le camembert ou les grèves dans la fonction publique sont à la culture française.

Chacun sa spécialité en effet. Nous, on fait ce qu'on peut...
C'est l'été, il va commencer à faire franchement trop chaud pour réfléchir, tout le monde va partir en vacances, les pays développés s'enfoncent dans la récession, et en plus la libération d'Ingrid Bétancourt est derrière nous. Bref, je me demandais sincèrement quels cheveux j'allais avoir à couper en quatre, jusqu'à que surgisse un vrai, un beau, un grand débat comme on les aime en France.

Un débat ? Mais à quel sujet ? La crise alimentaire internationale ? Le cours du brut ? Les subprimes venus de l'enfer ? La révoltante politique migratoire du gouvernement ? Les tentatives de muselage de l'Internet français ? Rien de tout ça ? Un micro-sujet alors ? Les taxis ? L'audiovisuel public ? Bon, bon... Même l'anorexie, je prends ! Je suis même prêt à remettre le couvert sur la guerre en Irak, ou à vous servir une analyse vaseuse de la stratégie de Barack Obama. Même un petit fait divers à se mettre sous la dent ?

Rien de tout ça en fait. Le sujet qui enflamme les sachants du web français, c'est, tenez-vous bien : journaliste versus blogueur. Vous me direz, ça fait un moment que ça couve. Manquait plus que la goutte d'eau.On est peu de chose. Ceci dit, je dois concéder aux uns et aux autres un réel talent de dissertation. Même sur un sujet aussi creux, j'ai lu des choses très intéressantes. En plus, je m'apprête moi-même à gloser sur le sujet, pour réaliser l'exploit d'écrire des platitudes même pas consensuelles. C'est vous dire. Je comprends mieux pourquoi j'ai du mal à dépasser les 100 visiteurs par jour les bras levés sur une échelle.

Bon, bon. J'y viens. D'abord je ne pense pas qu'il faille chercher à définir la profession de journaliste de façon abstraite, et encore moins par la loi. D'ailleurs, ceux qui pensent que c'est déjà le cas ont tort. Enfin, c'est ce qu'on m'a appris en DEA.A ce titre, je suis étonné de voir que selon la plupart des définitions qui sont données de cette noble profession, on ne peut considérer comme journaliste que deux types de métiers : soit, tout en haut de l'échelle, le grand reporter, soit, tout en bas, le journaliste de "desk". Tout ce qu'il y a au milieu, ça rentre plus difficilement dans les cases. Normal, c'est le principe de vouloir faire des cases.

Les blogueurs maintenant. Un blog, ça n'est rien d'autre qu'un système de publication de contenus. Après, ce que vous mettez dedans, c'est votre affaire. Quels blogueurs oppose-t-on aux journalistes, alors ? Certainement pas ceux qui racontent leur week-end, ni même ceux qui théorisent sur des sujets théoriques. Tiens donc, encore une fois, c'est en plein milieu du spectre, dans le gris, que les choses se compliquent.

Quand le commentateur normalement constitué parle des "blogueurs", ce sont les blogueurs politiques qu'il désigne. Les blogueurs politiques, ce sont ceux qui parlent de politique. C'est clair ou pas ? Pas vraiment en fait. Je suis un blogueur politique, moi ? Pas sûr. Enfin, passons. Ce sont eux qu'il faudrait bien distinguer des journalistes. Cette distinction n'a aucun sens, ni aucun intérêt. Elle ne peut avoir que deux issues :

  • Soit on compare aux blogueurs les journalistes politiques — ceux qui font des papiers d'opinion. Il s'agirait alors de distinguer entre deux opinions simplement parce que l'une est émise à titre d'occupation principale, et l'autre pas ? Ou parce que l'une est publiée sur papier (et encore, pas toujours) vendu à quelques milliers (petits, chez nous) d'exemplaires, et l'autre pas ? C'est complètement débile.
  • Soit on cherche à distinguer les journalistes, tous les journalistes, des blogueurs politiques, et on nous sert la soupe des droits et des devoirs des journalistes : éthique, objectivité, protection des sources, droit à l'information pour le public... Mais alors, se demande-t-on, les blogueurs respectent-ils ces règles fondamentales ? Y sont-ils même soumis ? Devraient-ils l'être ?

Rien de tout cela n'a de sens sans la liberté d'expression. Et cette liberté d'expression, que je sache, est assurée à tout le monde. Quelles conséquences voudriez-vous tirer de cette distinction artificielle ?

... je la prendrais entre quatre yeux pour lui dire d'arrêter son cirque. Le P.S. est déjà assez décrédibilisé comme ça.

(Hat tip : Embruns)
Roman Bernard dans Criticus :
Ce n'était certes pas le problème des syndicalistes, dont le solipsisme les fait se moquer de l'avenir de la France alors qu'ils sont incapables de penser hors du cadre hexagonal. Solipsisme propre à la majeure partie de la gauche d'ailleurs.
Narvic dans Novövision :
Il n’y a pas, et il n’y a jamais eu dans ce pays, aucune Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) de journaliste. Cette activité est libre. Est journaliste celui qui souhaite l’être. Et personne ne dispose d’aucune autorité pour lui contester cette appellation.
Jean-Michel Aphatie sur son blog :
Jamais les Jeux olympiques n’auraient dû être confiés à une dictature. Jamais Bachar Al Assad n’aurait dû participer aux festivités du 14 juillet. Que cela se produise dit bien l’état de confusion dans laquelle se trouvent, hélas trop souvent, ceux qui nous dirigent ou nous représentent.

Victimocratie

Le comité de soutien à Ingrid Betancourt, le chanteur Renaud en tête, avait toujours prôné la négociation avec les terroristes, en faisant passer le président Alvaro Uribe pour le responsable du sort des otages. Cette stratégie a été spectaculairement démentie. Néanmoins elle fait du soldat Shalit une cause indéfendable pour les professionnels de l’indignation.
J'espère qu'Ivan Rioufol a tort. Il faut hélas craindre qu'il ait vu juste : l'actualité nous confirme chaque jour combien il est difficile de renverser le couple bourreau-victime.

Paris sous l'Occupation

Presque par hasard, je suis tombé sur cet article magistral de Laurent Gloaguen : Paris sous l'Occupation. C'est d'un détail et d'une intelligence rares ; et en plus c'est parfaitement écrit, tout en laissant leur part à de saisissants témoignages. Quel travail ! Cette lecture terminée, penchez-vous là-dessus : La société de défiance, par Yann Algan et Pierre Cahuc. L'un et l'autre de ces deux textes expliquent assez bien, ensemble, les origines de la panade dans laquelle nous sommes.

La République buissonnière

Jean-Michel Aphatie relève ce matin sur son blog qu'hier, à l'occasion d'un débat l'Assemblée nationale sur le livre blanc consacré à la défense et à la securité nationale, seulement 40 députés sur 577 étaient présents. 40 sur 577. Une preuve de plus de la démission des politiques français. Une telle marque d'irresponsabilité explique mieux comment on peut se retrouver avec d'interminables lois fourre-tout, rédigées sur le pouce et votées sans aucun débat digne de ce nom. Face à cette situation, il est indispensable de prévoir des dispositifs de contrôle a posteriori des lois votées. Le projet de réforme des institutions constitue, à ce titre, un pas dans la bonne direction, mais on peut regretter que le législateur constitutionnel ait choisi l'option la plus conservatrice, avec le contrôle de constitutionnalité par voie d'exception et non par voie d'action. Mais, en amont, quelles sont les pistes à envisager pour mettre un terme à la plus affligeante de nos "exceptions culturelles" ? Tout est question d'incitations.
  • Le plus urgent, c'est l'interdiction absolue du cumul des mandats. J'ai toujours trouvé les arguments en faveur du statu quo à la limite du foutage de gueule. Je me répète, mais je viens d'avoir la preuve définitive que j'avais raison.
  • Ensuite, si on y parvient, il faudra bien instaurer des sanctions — progressives — contre l'absentéisme parlementaire, allant du blâme jusqu'à la radiation pure et simple pour les multirécidivistes.
  • Trop de textes sont votés dans des hémicycles quasi-déserts. Il serait donc grand temps d'instituer un quorum pour le vote des lois et amendements. En clair : en-dessous de (par exemple) 25% de députés présents, on ne vote pas.

Les 537 absents tenteront peut-être de se justifier en rappelant qu'il s'agissait d'un débat sans vote. Nemo auditur propriam turpitudinem allegans.

UPDATE : Authueil prend la défense des députés, qualifiant Aphatie de "blogueur poujadiste". Je trouve qu'il y va un peu fort, sur le coup. Et le cœur de son explication — le travail parlementaire ne se résume pas à la présence en séance à l'Assemblée — me semble un peu léger. Certes le travail en séance n'est pas tout, et ne suffit pas ; mais ça me semble quand même constituer le minimum de ce qu'on attend d'un représentant de la nation. A lire en tout cas, pour comparer les points de vue.

Non !

Est-ce pertinent de supprimer la publicité des chaînes télévisées publiques et de compenser le manque à gagner par une taxe sur les secteurs innovants dans une France moribonde ? Est-ce raisonnable de déresponsabiliser les uns (les chaînes publiques, dont les équipes chargées de la pub s'inquiètent) et de freiner l'expansion d'un secteur jeune et dynamique ? Est-ce justifié de risquer une augmentation du prix de détail de l'accès à l'heure où les pouvoirs publics communiquent sur « l'internet haut débit pour tous » ?
Lu sur NetEco (La taxation du Net pour financer France TV se confirme).

Nauséabond

Dans France-Soir, hier, à propos de l'élection de Gilles Bernheim au poste de grand rabbin de France :

En 2008, à l’instar de la lutte entre les candidats démocrates à la présidentielle Américaine, elle a pris un tour parfois nauséabond, contraignant le Conseil représentatif des institutions juives à appeler à la retenue. En cause, les outils technologiques que les religieux ne dédaignent plus : le débat s’est donc déplacé sur Internet, avec le risque de dérapages que l’on sait.

Ce concentré d'intelligence est signé d'une certaine Isabelle Horlans. Je passe sur le reste de l'article (qui pousse tout de même l'analyse jusqu'à noter qu'un grand rabbin, en général, c'est quelqu'un d'orthodoxe) pour poser deux questions à propos du passage ci-dessus :

  1. Que viennent faire les primaires démocrates là-dedans ? Ce rapprochement, surtout avec l'utilisation du terme "nauséabond", est sidérant.
  2. Ca aussi, c'est la faute d'Internet ? D'où l'auteur tient-elle que les "religieux" dédaignaient auparavant ces outils ?

Bref, quand les Juifs élisent leur chef, ils font comme les Américains : ils se traînent dans la boue sur Internet, alors qu'au fond "les deux hommes restent proches".

Aussi âpre que fut la lutte entre Gilles Bernheim et Joseph Sitruk, c'est plutôt ce genre d'articles que je qualifierais de "nauséabonds".

(P.S. : il y a beaucoup d'autres sujets à aborder ces jours-ci. Mais le temps manque...)