Je suis assis dans un Starbucks à Paris en train de lire mes feeds et de boire un mug de thé d'environ quatre litres, et je tombe sur ce cet éclair signé h16 sur ce qu'il faut certainement appeler le "karatchigate" :

A côté des tuyauteries politico-financières françaises, soyons clairs, bien des scandales anglo-saxons pâlissent et ne doivent leur retentissement mondial qu'à la médiatisation vigoureuse dont les médias sont, là-bas, friands. Chez nous, la partie émergée de l'iceberg est si modeste qu'elle passerait pour un glaçon de cocktail dans une soirée élyséenne, alors qu'en réalité, des banquises de taille départementale glissent lentement sous le niveau paisible d'une mer d'huile médiatique.

Je me demande s'il n'existe pas une espèce de ligne de démarcation entre pays anglo-saxons et pays latins. D'un côté :

  • Aux États-Unis, Bill Clinton a été "empêché" et a frôlé la destitution pour s'être parjuré dans une affaire d'adultère.
  • En Grande-Bretagne, Michael Martin a du démissionner de la présidence de la Chambre des communes pour une histoire de notes de frais.

De l'autre :

  • En Italie, Silvio Berlusconi traîne plus de casseroles qu'un couple de jeunes mariés, ce qui ne l'empêche pas d'être sur le devant de la scène politique depuis quinze ans.
  • En France, un président est parvenu à cacher l'existence de sa fille pendant vingt ans, tandis que son successeur a fait modifier la constitution spécialement pour s'éviter une série de mises en examen.

Comment expliquer un tel contraste ? Influence du puritanisme chez les uns ? Du climat chez les autres ? (Ne pas rire.)

Qu'en pensez-vous ?

P.S. : Je découvre à l'instant, pure coïncidence, que Nate Silver vient de publier un excellent article intitulé "Sex scandals, le style Français".

 

Assortiment de liens

Le temps manque pour traiter des sujets qui m'intéressent ces temps-ci. Mais ce n'est pas grave, parce que d'autres en parlent mieux que moi :

Sur l'Iran :

Sur chez nous :

Sur le reste :

 

Twitter v. Journalisme

Le Chafouin pense que l'importance de Twitter, dans l'affaire iranienne comme en général, est exagérée. Il explique notamment que Twitter ne sert qu'à "transmettre des liens", et donc pas à faire de l'information. Et qu'à ce titre, incapable de fournir une information fiable et vérifiée, il ne concurrence ni les médias, ni les journalistes. Je ne suis pas d'accord avec lui, et voici pourquoi :

1. Transmettre des liens, c'est — déjà — faire de l'information. Transmettre un lien, c'est — déjà — transmettre une information. À moins qu'il faille décider d'un seuil qualitatif en-dessous duquel il est interdit de parler d'information, ce à quoi je me refuse.

2. Les liens, ou les informations, peuvent être transmis de diverses façons.

Par exemple, ils peuvent être transmis par un à destination de plusieurs. C'est principe des "anciens" médias : presse écrite et audiovisuelle. L'information fait alors l'objet d'une diffusion.

Mais ils peuvent également, depuis peu, être transmis de proche en proche, selon une logique de réseau, ou de toile. C'est le principe des "nouveaux" médias : Twitter, Facebook, etc. L'information fait alors l'objet d'une série de conversations.

Les blogs, de ce point de vue, sont une forme hybride de communication, qui commence par une diffusion et se termine par une conversation.

3. Dès lors, même simple transmetteur de liens (ce qu'il n'est pas seulement), Twitter peut concurrencer, par hypothèse et quasi-étymologiquement, les anciens médias. Et même les blogs.

En effet, sans porter de jugement qualitatif sur la nature de la transmission, force est de constater qu'il est aujourd'hui possible de recevoir une information au terme d'une diffusion ou d'une conversation.

4. Dans le cadre d'un processus de diffusion, pour parcourir le chemin qui sépare sa naissance de son destinataire, l'information doit, par hypothèse, en passer par les divers filtres d'un diffuseur unique dont cette diffusion est la fonction : vérification des sources, politique éditoriale, stratégie commerciale, contraintes techniques, etc. En comparaison, dans le cadre d'un processus de conversation, l'information est transmise de façon décentralisée, et ne souffre donc successivement que les filtres bien plus légers du libre-arbitre de chaque membre du réseau.

Par conséquent, comme la preuve en a été apportée plusieurs fois récemment (amerrissage de l'Hudson, attentats de Bombay, élections iraniennes), c'est vers Twitter que de plus en plus de gens se tournent quand ils recherchent l'information la plus immédiate possible.

C'est pour cela que s'ils essaient de concurrencer Twitter sur le terrain de l'immédiateté, les médias médiats sont, effectivement, morts. Mais, heureusement, les gens ne recherchent pas toujours l'information la plus immédiate possible. Parfois (généralement, un peu plus tard), on recherche l'information la plus fiable. D'autres fois encore (encore un peu plus tard), on ne recherche pas simplement une information, mais une analyse.

Les médias médiats sont mieux équipés que Twitter pour fournir une information vérifiée : ils sont constitués de journalistes professionnels, formés, précisément, à apprendre à vérifier l'information. Ils sont également dans une meilleure position pour offrir des analyses : ils sont dirigés par des rédacteurs en chef souvent chevronnés et capables d'imprimer une ligne éditoriale à leur support.

Pour autant, il ne viendrait pas à l'esprit des analystes et des intellectuels de contester aux non-professionnels le droit de publier le fruit de leurs propres réflexions sur des blogs ou ailleurs. Pourquoi alors les journalistes professionnels devraient-ils snober la transmission d'informations sur Twitter ?

 

Paul Murphy propose un petit résumé clair et concis des objectifs sous forme de bullet points :

  • Requérir que tous les organismes financiers constituant un risque significatif pour l'ensemble du système soient soumis à une supervision et une régulation fortes et consolidées
  • Augmenter la discipline et la transparence sur les marchés afin de les rendre assez forts pour supporter des crises systémiques et l'échec potentiel d'une ou plusieurs grandes institutions financières
  • Rebâtir la confiance en nos marchés en créant une Agence de protection financière des consommateurs destinée à se concentrer exclusivement sur la protection des consommateurs sur les marchés de crédit, d'épargne et de paiement
  • Fournir à l'État les outils nécessaires pour gérer des crises financières afin qu'il ne soit pas forcé de choisir entre des plans de sauvetage et l'effondrement financier
  • Relever les normes régulatrices internationales et améliorer la coordination internationale

Tyler Cowen recense les réactions d'un certain nombre d'économistes de tous bords : Kevin Drum, Paul Krugman, Simon Johnson et Felix Salmon.

Quant à vous, si vous n'avez rien de prévu ce soir et que vous voulez vous faire votre propre idée, vous pouvez télécharger le projet en PDF. Sincèrement, ça se lit aussi facilement qu'un bon roman. Ou pas.

 

Iran : qui soutient qui ?

Malgré les clichés qui circulent dans la blogosphère française, la situation en Iran est d'une grande complexité. Normal, vous me direz, avec un système politique pareil.

Pour en apporter la preuve, j'ai collé sur le schéma publié la semaine dernière un (trop) rapide résumé des positions officielles des organes les plus importants du gouvernement iranien. Voilà ce que ça donne :

Théoriquement, en ajoutant les flèches noires noires (qui nomme qui) aux flèches rouges (qui soutient qui), on devrait gagner un peu de visibilité sur l'issue de la crise actuelle.

Enfin, si vous y arrivez, n'hésitez pas à vous exprimer en commentaires. Parce qu'en ce qui me concerne, j'ai franchement du mal...

 

Déni de racisme

Il s'est trouvé une poignée de députés pour demander une commission d'enquête parlementaire sur le port de la burqa parmi les femmes musulmanes. L'objectif avoué de la manoeuvre étant, à terme, d'interdire la pratique en question dans les lieux publics. Comme par hasard, même le porte-parole du gouvernement est d'accord. Et le seul moyen de poursuivre cet objectif serait non pas de viser explicitement la burqa ou la religion musulmane (on n'est pas raciste, tout de même, hein, et puis on n'a rien contre les bonnes soeurs), mais bien de requérir que le visage de chacun(e) soit découvert en public. Les rêves les plus fous de l'extrême-droite sont sur le point d'être réalisés.

La France a beau être, pour l'éternité, le pays des droits de l'homme et du bon goût, il y a certains impératifs sur lesquels on ne transige pas. Sauvegarde — que dis-je, sauvetage ! — de la civilisation occidentale pour les plus atteints, préservation de la liberté des femmes — au besoin, contre leur gré et par la contrainte — pour les autres, chacun récite le prêt-à-penser qui indispose le moins sa propre mythologie politique pour s'autoriser à hurler avec la meute. Le consensus est d'autant plus excitant qu'il permet à chaque partie de se laisser séduire par les arguments d'en face. Sans se l'avouer, bien sûr.

Pause. Lorsque Barack Obama fustige, dans son discours du Caire, les pays occidentaux qui veulent "dicter ce qu'une femme musulmane devrait porter", pour appeler derechef à ne pas "déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme", il n'exprime pas une opinion farfelue ou anti-française — il ne fait que rappeler que le premier devoir d'une démocratie, c'est de laisser ses citoyens vivre en paix et selon leurs propres croyances, aussi minoritaires fussent-elles. C'est, du reste, la position de l'écrasante majorité de nos voisins et alliés.

Alors peut-être bien que nous, Français, avons en l'occurrence raison contre tous. Nous serions alors les seuls à comprendre qu'il n'est pas ici question de la tolérance la plus élémentaire ou du rapport à l'autre, mais d'assurer la survie de notre "civilisation" en foulant aux pieds la seule valeur dont celle-ci dépend ; que le plus important n'est pas l'interdiction pour l'État de se mêler de ce qui ne le regarde pas, mais d'émanciper des femmes en les excluant de nos écoles publiques ou, demain, en les forçant à se cloîtrer chez elles.

Mais même si tel est le cas, je nous souhaite bien du courage. Parce qu'il en faudra, demain, pour expliquer au monde que c'est pour défendre les valeurs de la République que l'agent de police, dans cette vidéo filmée par un passant et publiée sur YouTube, est en train d'arrêter une musulmane au motif qu'elle porte un vêtement interdit par la loi.

 

Le texte qui suit a été traduit par mes soins avec l'aimable autorisation de son auteur, Nate Silver, qui tient le blog FiveThirtyEight.com. L'article original est disponible ici. Reconnu dans toute la blogopshère américaine comme l'une des meilleures sources en matière d'analyses électorales, ce blog a pris son envol à l'occasion des dernières élections présidentielles américaines, à l'occasion desquelles Nate Silver a fait preuve d'une capacité d'analyse non partisane et d'une rigueur méthodologique de tout premier plan. Ce texte, comme l'original, ne saurait être reproduit, copié ou modifié sans l'autorisation de son auteur.



Au premier tour de l’élection en 2005, les trois candidats conservateurs à la présidence iranienne — Mahmoud Ahmadinejad, Ali Larijani et Mohammad Baqer Qalibaf —, obtinrent collectivement 41 pour-cent des voix. Vendredi dernier, apparemment, Ahmadinejad a obtenu 63 pour-cent des voix. D’où ces suffrages supplémentaires viennent-ils exactement ?

L’utilisation de l’analyse de régression multiple peut fournir des éléments de réponse à cette question. On peut prendre la part des suffrages des sept candidats en 2005, et la comparer dans chacune des 30 provinces d’Iran avec la part reçue par chacun des quatre candidats cette année. Je pondérerai cette régression par la racine carrée du nombre de voix dans chaque province, afin de donner plus de relief à celles dont le total des voix est plus élevé.

Ce tableau se lit de la gauche vers la droite. Si on prend la deuxième colonne à partir du haut, par exemple — les voix attribuées à Ali Larijani en 2005 —, on estime que 83 pour-cent de son bloc de voix est allé à Ahmadinejad, 16 pour-cent à Musavi, et 1 pour-cent à Karrubi. Ces résultats ne sont guère surprenants ; Larijani était un conservateur, comme Adhmadinejad.

De même, Ahmadinejad a apparemment récupéré la majorité des voix de Mohammad Baqer Qalibaf, l’ancien maire conservateur de Téhéran. Il a également conservé la plupart de ses propres voix. Musavi, cependant, a récupéré la majorité des voix de Mohsen Mehralizadeh et de Mostafa Moeen, deux candidats réformateurs. Ces resultats ne sont pas surprenants non plus.

Soyez prévenus, avant de procéder plus avant, que les marges d’erreur pour ce type d’analyses sont assez élevées. Il ne faut pas les considérer comme définitives. Il faudrait examiner les données au niveau de chaque ville pour obtenir des estimations plus solides.

Mais, cette réserve faite, au moins un résultat est plutôt surprenant. À savoir qu’Ahmadinejad semble avoir récupéré la plupart des voix de Mehdi Karrubi, qui est généralement décrit comme le plus libéral des candidats. Ceci en dépit du fait que Karrubi lui-même était candidat cette année ; il n’a apparemment conservé que 5 pour-cent de ses propres voix.

Renard ayant déjà détecté cette anomalie, je ne vous apprends rien de nouveau. Mais il me semble que c'est la clé pour expliquer l’élection iranienne — qu’elle ait été légitime ou pipée. Ahmadinejad a remporté toutes les provinces que Karrubi a gagnées en 2005, et sa part cumulée du vote dans ces 11 provinces est de 66 pour-cent, soit plus que son total global. Dans la province où Karrubi a le mieux réussi en 2005, sa région natale du Lorestan, Ahmadinejad a obtenu quelques 71 pour-cent des suffrages.

Reste que la plupart des provinces où Karrubi a bien marché en 2005 sont rurales, et il est possible que le penchant rural pour les candidats conservateurs ait été plus important en 2009 qu’en 2005. Comme je l’ai mentionné auparavant, Ahmadinejad n’a pas si mal marché dans la province la plus urbaine d’Iran, Téhéran, en 2005, mais il y a relativement mal réussi la semaine dernière. Si Ahmadinejad a remporté les élections, il l’a fait en s’adjugeant les électeurs ruraux de Karrubi. Et s’il les a truquées, ces suffrages ont été volés ou obtenus par intimidation.

Il faut aussi considérer comme facteur secondaire dans le prétendu succès d’Ahmadinejad sa capacité à capturer la plupart des voix d’Akbar Hashemi Rafsanjani, un modéré (pour l’Iran) qu’Ahmadinejad avait battu dans le scrutin de 2005. Rafsanjani avait remporté trois provinces au premier tour en 2005 : Kerman, Zanjan et Gilan. Ahmadinejad a les apparemment remportées toutes les trois, récoltant 78 pour-cent des voix dans le Kerman, 77 pour-cent dans le Zanjan et 68 pour-cent dans le Gilan. Le Kerman — le meilleur score de Rafsanjani en 2005 — est même le meilleur score d’Ahmadinejad en 2009.

Voilà qui est certainement un peu plus facile à avaler que le succès d’Ahmadinejad auprès des électeurs de Karrubi. Rafsanjani était président d’Iran entre 1989 et 1997 et constituait ce qui ressemblait le plus à un sortant pour les électeurs en 2005 ; Ahmadinejad était, évidemment, le sortant de cette année. Toutefois, Ahmadinejad et Rafsanjani entretiennent une réelle rivalité, Ahmadinejad traitant Rafsanjani de «marionnettiste», et Rafsanjani traitant Ahmadinejad de menteur à la veille des élections.

Mais ceci est la version de Mahmoud Ahmadinejad, et on devine qu’il s’y tiendra.

 

Fidèle à son habitude, la télé répète en boucle les mêmes informations à moitié vérifiées, les mêmes analyses un peu à côté de la plaque. Sur France 5, un chercheur au CNRS explique que jamais la police ne tirera sur la foule, ça n'est pas dans l'intérêt du régime, alors que dix minutes plutôt, un manifestant est mort par balle.

Même les envoyés spéciaux semblent à la traîne. Sur France 24, l'un d'entre eux, qui parle en direct depuis le balcon de sa chambre d'hôtel, assure que la tombée de la nuit va mettre un terme aux émeutes. Quelques instants auparavant, pourtant, de nouvelles voitures prennent feu dans les rues de Téhéran.

La presse en ligne fait mieux, mais le temps de mettre à jour les articles, elle perd peu à peu le fil du direct. Même les blogs semblent un peu trop lents.

Un seul outil donne l'impression d'immédiateté que nous recherchons pour suivre ce type d'événements minute par minute : Twitter. Les images, les mots envoyés par les Iraniens au coeur de la manifestation se propagent de proche en proche autour du globe quasiment en temps réel. Mais c'est une information qu'il faudra vérifier soi-même — parfois en consultant les sources, parfois simplement à l'instinct : on aura tout le temps de prendre du recul un peu plus tard.

En cela, Twitter n'est pas un média, au sens étymologique du terme. Et si Twitter n'est pas un média, alors les médias sont morts. Non pas à cause de leurs business models obsolètes, ou de leurs subventions abrutissantes, ou d'un défaut dans la formation des journalistes. Mais simplement parce qu'ils sont médiats, alors que l'avenir appartient à la conversation immédiate.

 

Il est impossible d'en être sûr, mais la victoire d'Ahmadinejad paraît extraordinairement suspecte. S'il avait gagné par cette marge, il serait le président iranien le plus populaire de l'histoire — ce qu'il n'est certainement pas. Et il semble exceptionnellement improbable qu'il ait gagné dans la ville natale de Musavi, comme le revendique le gouvernement. C'est ça le problème avec les dictateurs : ils n'essaient pas simplement de voler une élection à l'arraché, ils essaient de voler un triomphe. Ce faisant, ils perdent plausibilité et légitimité.

Évidemment, c'est Nicholas Kristof. (Le gras est offert par la maison.)

On lira aussi avec intérêt un billet de Juan Cole qui énumère six raisons tendant à prouver que l'élection a été truquée. Les voici, traduites et résumées :

  1. Comme le relève également Kristof (voir ci-dessus), Ahmadinejad est supposé avoir obtenu un score de 57 % dans la ville natale de Musavi.
  2. La victoire du sortant à Téhéran est également étonnante : il n'est pas populaire dans les villes, en raison de l'inflation et du chômage provoqués par ses politiques.
  3. Mehdi Karoubi, l'autre candidat réformiste, est censé n'avoir recueilli que 320 000 suffrages et avoir perdu dans sa propre province d'origine, le Luristan. En 2005, il avait obtenu 17 % des suffrages au plan national. Il aurait fait moins d'1% quatre ans plus tard.
  4. Mohsen Rezaie, un candidat fort peu populaire, aurait reçu 670 000 voix, soit deux fois plus que Karoubi.
  5. Les scores d'Ahmadinejad sont assez uniformes d'une province à l'autre. Dans le passé, les variations étaient conséquentes entre les différentes provinces et ethnies du pays.
  6. La Commission électorale est supposée attendre trois jours avant de certifier les résultats et de les soumettre à l'ayatollah Khamenei pour validation. Cette année, Khamenei a immédiatement approuvé les résultats.

EDIT : Martine signale, en commentaires, un article de Robert Frisk sur les violences policières en réponse aux manifestations dans les rues de Téhéran.

 

Comprendre le régime iranien

Alors que la confusion continue de régner concernant l'issue du scrutin d'hier en Iran, il n'est pas inutile de s'attarder sur les rouages du régime politique issu de la révolution de 1979. Nicolas Rapp, de l'Associated Press, livre le schéma suivant :

(via Paul Kedrosky.)

Et pourquoi pas en profiter pour revoir cette vidéo sur les blogueurs iraniens ?

 

Dans aucun ordre en particulier :

Et si vous avez fini de lire tout ça avant dimanche soir, je ne saurais trop vous conseiller de jeter un petit coup d'oeil à un nouveau blog qui n'en veut et qui s'appelle Une/Deux.

Toutes les stars de la blogosphère vous en ont parlé : c'est un blog collectif tenu par sept blogueurs politiques qui ont envie de se changer les idées de temps en temps en écrivant sur le foot. M'accompagnent dans cette sympathique aventure : le Chafouin, le Faucon, Manuel, Marc Vasseur, Seb de CaRéagit, et Vogelsong. Toutes les bandes (fréquentables) du spectre politique sont représentées, de même qu'à peu près tous les clubs historiques de notre championnat national.

Pour l'instant, il est surtout question de foot-business, mais avec l'accélération du mercato et surtout, d'ici quelques semaines, le début de la nouvelle saison, on devrait commencer à discuter tech-eu-nique et tac-eu-tique. Va y avoir du sport !

 

La 25ème décision rendue en 2009 par le Conseil constitutionnel est tombée aujourd'hui, mercredi 10 juin, en fin d'après-midi. Elle concerne la loi dite "HADOPI", que l'on ne présente plus.

Dès l'annonce de sa parution, la rumeur a enflé, sur Twitter notamment : victoire ! c'est une décision de censure ! Autant faire retomber le soufflé tout de suite : la censure est partielle seulement. Pour nous en convaincre, décortiquons la décision.

Le Conseil était saisi par soixante députés, conformément à l'article 61 de la Constitution, essentiellement sur la conformité à cette dernière des articles 5, 10 et 11 du projet de loi voté par l'Assemblée nationale et le Sénat :

  • L'article 5 institue la commission dite "HADOPI", chargée d'instruire les cas de contrefaçon en ligne et de notifier puis de réprimander, au terme d'une procédure dite de "riposte graduée", les utilisateurs qui en seraient responsables aux termes de la loi ;

  • L'article 10 permet aux sociétés de perception et de répartition (SACEM, etc.) d'obtenir directement devant les tribunaux, au moyen par référé, la coupure de l'accès à Internet d'un utilisateur, voire même l'interruption de service d'un fournisseur d'accès ou des mesures de filtrage de celui-ci ;

  • Enfin, l'article 11 impose aux propriétaires d'un routeur wifi (comme par exemple une "box") une obligation de surveillance générale sur le trafic opéré sur leur réseau, et fait peser sur eux la responsabilité des infractions commises sur leur réseau par des tiers, sauf à installer un certain dispositif de sécurisation ou à apporter la preuve de leur innocence.

Sur les articles 5 et 11, le Conseil constitutionnel a examiné successivement deux points : l'obligation de surveillance imposée aux utilisateurs d'un côté (I), et la question du respect de la vie privée de l'autre (II). L'article 10 est traité à part (III).

I. S'agissant de l'obligation de surveillance, la cible principale du recours déposé par les députés concernait sa sanction, le principe même de la riposte graduée, considéré comme une menace pour le nécessaire équilibre entre le droit de propriété (auquel est rattaché ici le respect de la propriété intellectuelle, ce qui se discute) et la liberté d'expression. Sur ce point, le Conseil constitutionnel s'est conformé à la théorie du Parlement européen : l'accès à Internet relève de l'exercice de la liberté d'expression, et cet exercice ne saurait être refusé à un individu sans passer devant le juge. Extrait :

16. Considérant que les pouvoirs de sanction institués par les dispositions critiquées habilitent la commission de protection des droits, qui n'est pas une juridiction, à restreindre ou à empêcher l'accès à internet de titulaires d'abonnement ainsi que des personnes qu'ils en font bénéficier ; (...) que ses pouvoirs peuvent conduire à restreindre l'exercice, par toute personne, de son droit de s'exprimer et de communiquer librement, notamment depuis son domicile ; que, dans ces conditions, eu égard à la nature de la liberté garantie par l'article 11 de la Déclaration de 1789, le législateur ne pouvait, quelles que soient les garanties encadrant le prononcé des sanctions, confier de tels pouvoirs à une autorité administrative dans le but de protéger les droits des titulaires du droit d'auteur et de droits voisins ;

La lecture de ces quelques lignes, rédigées dans le style hermétique quoique modeste qui caractérise les décisions du Conseil, soulage naturellement l'observateur. C'est qu'il aurait été extrêmement aventureux, même de la part d'une juridiction aussi auguste, d'aller contre la conception aujourd'hui majoritaire non seulement au sein de l'Union européenne mais également, à vrai dire, dans la majorité des pays développés de ce monde.

Toujours sur l'obligation de surveillance, les députés soutenaient également que les dispositions de l'article 11 de la loi, en faisant du propriétaire de l'accès le responsable par défaut de tout acte de contrefaçon, n'étaient pas conformes au respect de la présomption d'innocence. Ils ont fait mouche une deuxième fois : le Conseil considère que dans la mesure où "seul le titulaire du contrat d'abonnement d'accès à internet peut faire l'objet des sanctions instituées", il est institué par la loi HADOPI "une présomption de culpabilité à l'encontre du titulaire de l'accès à internet."

Exit donc la riposte graduée et la présomption de culpabilité. Restaient la question du respect de la vie privée et celle de l'article 10.

II. La question du rapport entre la défense du droit d'auteur et la protection de la vie privée des individus est d'une grande complexité. En l'espèce, c'est l'autorisation donnée aux sociétés de perception et de répartition de recueillir différentes informations de connexion qui était en cause. Le raisonnement du Conseil constitutionnel semble être le suivant :

Premièrement : la loi Informatique et libertés de 1978 prévoit précisément que ces sociétés de perception et de répartition puissent recueillir et traiter de telles données, dans le cadre d'infractions, de condamnations et de mesures de sûreté ;

Deuxièmement : la loi HADOPI prévoit que cette collecte pourra également être réalisée dans le cadre des procédures menées devant la commission HADOPI, mais le Conseil vient de décider que "seul un rôle préalable à une procédure judiciaire" serait confié à ladite commission.

Dès lors, non seulement la collecte et le traitement de données ne pourront s'inscrire, par hypothèse, que dans le cadre d'un "processus de saisine des juridictions compétentes", mais ces opérations seront de plus placées sous la surveillance de la CNIL.

Par conséquent, l'équilibre entre droit de propriété et vie privée est respecté par la loi telle que censurée par le Conseil, et il n'y a donc pas lieu de prononcer une nouvelle censure à ce titre.

Ce cheminement intellectuel est pour le moins alambiqué. Mais il était difficilement envisageable de remettre en question jusqu'au droit, pour les sociétés de perception et de répartition, de collecter les données nécessaires au signalement des contrefacteurs à la commission HADOPI : autant, dans ce cas, censurer intégralement la loi — ce qui était, politiquement, impossible. Et le raisonnement en lui-même a beau être tiré par les cheveux, il se tient.

En ce qui concerne l'article 10 de la loi déférée, les choses sont toutefois plus claires, mais pas plus réjouissantes.

III. L'idée d'un dispositif permettant aux artistes et à leurs lobbies divers ayants droit de contraindre directement un prestataire à couper ou à filtrer l'accès à Internet de ses clients est apparue avec un amendement déposé début mars sur le bureau de l'Assemblée nationale. Rapidement adopté, cet amendement ne diffère du texte final déféré au Conseil que par la description des personnes visées par la procédure : à l'origine, seuls les fournisseurs d'accès étaient visés, mais la version définitive englobe "toute personne susceptible de contribuer à remédier"à la violation constatée.

Les auteurs de la saisine pensaient semble-t-il pouvoir réutiliser l'argumentaire développé avec succès à l'encontre de la riposte graduée, arguant que la mise en oeuvre de l'article en question risquait de priver un nombre indéterminé de personnes de l'exercice de leur liberté d'expression, alors même que leur responsabilité dans l'atteinte au droit d'auteur n'était pas déterminée. En somme, la loi prévoyait de punir dix innocents pour neutraliser un seul coupable.

Le Conseil constitutionnel ne les a pas suivis, et c'est regrettable. Les sages se sont en effet réfugiés derrière deux éléments : d'une part le caractère contradictoire de la procédure de l'article 10 (tandis que ce caractère n'était pas reconnu à la procédure de l'article 5) ; et d'autre part l'obligation naturelle faite aux juridictions de ne prononcer "que les mesures strictement nécessaires à la préservation des droits en cause". Voilà qui revient à interpréter de façon très restrictive la théorie citée plus haut : s'il n'est pas acceptable de priver un individu de sa liberté d'expression sans en passer par le juge, alors, a contrario, le simple fait que la procédure soit menée devant un tribunal suffit à remplir les exigences constitutionnelles.

L'argument est un peu léger, et on a du mal à comprendre comment l'invocation de la présomption d'innocence peut être considérée comme inutile précisément dans le cas où elle est le plus nettement balayée. Au moins le Conseil constitutionnel enjoint-il le tribunal de grande instance d'interpréter la loi dans l'esprit de la Constitution. C'est à cela qu'il faudra se raccrocher.

En conclusion, malgré le soulagement de voir s'éloigner la riposte graduée, le sentiment demeure que le Conseil constitutionnel a censuré a minima, c'est-à-dire uniquement sur les points où il était le plus attendu : les sanctions. Sur les deux autres grands axes de la saisine, le Conseil constitutionnel semble se défausser sur d'autres institutions : la CNIL s'agissant du respect de la vie privée, et l'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, pour l'article 10.

Était-il permis d'en attendre plus ?

 

Passée la légitime surprise des résultats, difficile de tirer beaucoup d'enseignements nouveaux des élections européennes d'hier soir. Résumons brièvement :

  • L'UMP demeure le seul vrai parti politique durablement en état de marche en France. On le savait déjà, puisque c'est une des principales raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy a réussi à se faire élire en 2007, à l'issue d'un quinquennat chiraquien catastrophique d'immobilisme... et au cours duquel il a pratiquement toujours participé au gouvernement.

  • À chaque fois que Daniel Cohn-Bendit nous rend visite, il fait un carton. Normal, son activité et son charisme sont exactement ce qui manque, à chaque fois, à sa famille politique en France (qu'il s'agisse des Verts ou plus généralement de la gauche). Mais après, on ne le revoit plus... jusqu'à la prochaine élection européenne. Et pendant ce temps, les Verts français sont incapables de capitaliser sur son succès.

  • Le PS n'est pas en déconfiture — il est en état de mort clinique depuis le 21 avril 2002, sans chef, sans idées, sans stratégie. La seule ambition de ses cadres semble être de s'en désolidariser, et celle des barrons (et avec eux des militants) réside dans les élections locales et régionales. C'est devenu un parti féodal.

  • Les dissidences autour du PS n'ont aucune autre utilité que de lui mettre des bâtons dans les roues : le score du Front de gauche le montre bien, à l'instar de la brillante carrière de Jean-Pierre Chevènement depuis sa candidature de 2002.

  • François Bayrou n'a aucune chance d'être élu un jour président de la république s'il continue à faire le vide autour de lui. Pour garder espoir, il lui faudra soit construire un grand parti, avec des lieutenants de poids et un programme original, soit se résoudre à passer des alliances. Et éviter les querelles de personnes.

  • Le FN ne s'est apparemment pas relevé de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy. C'était prévisible, vu l'âge du capitaine.

  • Ce n'est pas parce que les gens vous aiment bien, ou que vous "passez bien" à la télévision, que les électeurs votent nécessairement pour vous. Olivier Besancenot en a fait, hier soir, l'amère expérience. Il ne sera pas député européen.

  • Il n'y a pas (encore ?) d'espace pour un parti politique d'inspiration purement libérale en France. Alternative libérale n'atteint pas la barre des 20 000 voix, et ce sont les élus Modem qui iront grossir les rangs du groupe ALDE au parlement européen. Piquant.
 

De superbes photos du D-Day

Plutôt qu'un long billet un peu pompeux, je préfère vous faire partager ces quelques photos, publiées sur Flickr par l'armée américaine.

P.S. : Merci à Shamir Ramjan.

 

Jean-François Copé publie aujourd'hui un article sur Slate, sur le thème : L'art et la manière de réformer en France. L'élément central de ce papier, me semble-t-il, réside dans l'énumération des "écueils à éviter" si l'on veut réussir de bonnes réformes dans notre beau pays :

- la confiscation du débat public par des acteurs minoritaires ou par des représentants autoproclamés de telle ou telle catégorie de citoyens,
- la prime donnée «par principe» à quelqu'un qui se réclame de la «société civile» par rapport à la parole politique,
- l'enfermement dans les conflits d'intérêts particuliers, loin de l'intérêt général,
- la volonté de mettre les élus sous le contrôle d'instances sans aucune légitimité,
- la gadgétisation de la concertation,
- la paralysie de l'action publique ou la tiédeur des réformes à force de précaution,
- enfin et surtout, la démission du politique qui refuserait d'assumer sa responsabilité d'éclaireur et de décideur en se défaussant complètement sur «l'opinion».

Comme quoi c'est pas compliqué, finalement. Mais juste pour mettre tout le monde d'accord, voici la définition du mot écueil selon l'Internaute :

écueil, nom masculin

Sens 1 : Récif, rocher à fleur d'eau. Synonyme rocher
Sens 2 : Difficulté, obstacle [Figuré]

Je sais bien que c'est pas le Larousse, mais bon, cette définition en vaut une autre. Donc, en français, un écueil, c'est quelque chose à contourner. D'ailleurs, les esprits les plus aiguisés n'auront pas manqué de remarquer que c'est écrit dans l'article : "écueils à éviter". OK ?

Je précise, parce que je me demande sincèrement si Christine Albanel n'aurait pas piqué, il y a quelques mois, un vieux brouillon de cet article sur le bureau du président du groupe UMP à l'Assemblée, histoire d'avancer un peu plus vite sur l'élaboration et le vote du projet HADOPI. Mais soit elle ne connaissait pas le sens du mot écueil, soit le brouillon devait être mal rédigé, parce qu'elle a compris la liste à l'envers.

Voilà au moins une chose sur laquelle le président Chirac avait raison : il y a un vrai problème d'alphabétisation dans ce pays...

En même temps, ce qui est étonnant, c'est que pour les deux derniers éléments de la liste — la tiédeur et la démission —, la ministre que le monde nous envie a compris comme il faut. Sacrée Christine !

Mais pour le coup, un peu de tiédeur et de démission n'auraient pas fait de mal...

 

Le discours du Caire en français

Et en plus ça vient directement de la Maison blanche. C'est ici (PDF). J'essaie d'en faire un billet ce week-end.

Merci à Otir.

 

Un certain Privilégié, fort au fait des questions d'éducation, a publié un intéressant billet sur l'avenir du lycée et de l'université en France, structuré autour de la problématique suivante : l'objectif annoncé d'emmener 50 % d'une classe d'âge à la licence est-il réalisable au vu de la structuration actuelle des études secondaires ? et s'il ne l'est pas, que convient-il de réviser : l'objectif ou le système ?

En conclusion dudit billet, Mathieu a demandé à quelques blogueurs, dont moi, leur avis sur la question. Je vais donc essayer de donner le mien.

Premier point : s'imposer ce type d'objectifs (50 % d'une classe d'âge au bac, à la licence...) est contre-productif pour au moins deux raisons.

La première, évidente, tient au fait que dès l'objectif posé, on est tenté de le réaliser non par un véritable travail pédagogique d'envergure (très difficile), mais plutôt en actionnant les leviers les plus faciles. Dans le cas du bac, par exemple, on a simultanément baissé le niveau des bacs généraux et boosté le recrutement dans les filières professionnelles et techniques. Fatalement, l'objectif a donc été atteint — cela n'a surpris personne. Résultat, on se donne bonne conscience alors que d'un point de vue purement pédagogique (et même, soyons honnêtes, d'un point vue économique), on n'a pratiquement pas avancé.

La seconde raison, exprimée sous forme de question, est plus profonde : le principe même de ces objectifs est-il acceptable ? Personne ne conteste l'intérêt, pour la collectivité, de voir la proportion de bacheliers ou de titulaires d'une licence augmenter avec le temps. Mais l'État doit-il pour autant fixer à la société un tel objectif ? Si le reste du système économique ne suit pas, on risque de se retrouver avec un grand nombre de diplômés sans emploi, ce qui aura pour conséquence une dévaluation des diplômes en question. On connaît les conséquences d'une telle dévaluation en termes d'affaiblissement de l'université face à ses concurrents nationaux (grandes écoles, etc.) et internationaux (fuite des cerveaux).

Second point : un système éducatif démocratique doit favoriser la filière générale aussi longtemps que possible.

Comment un élève de 15 ans peut-il savoir, dès la classe de première, s'il se destine à une carrière littéraire, économique et sociale, scientifique ou tertiaire et technique (à moins que les noms aient encore changé) ? Pure folie — et encore, il ne s'agit ici que des filières générales. Pour les filières professionnelles ou techniques, le choix peut être requis encore plus tôt, dès 14 ans.

D'une part, on demande à des adolescents, c'est-à-dire à des enfants, dont la personnalité est en cours de formation, de faire des choix de plus en plus complexes (filière générale ou professionnelle, puis sous-filière, puis spécialité, puis options...) qui les engageront parfois pour le restant de leurs jours : comme le rappelle Mathieu dans son billet, chacun sait bien qu'il est quasiment impossible de prétendre à des études universitaires dignes de ce nom lorsque l'on est issu d'un baccalauréat professionnel — voire même de la filière tertiaire du bac général.

Cette réflexion vaut évidemment pour le collège et le lycée, mais aussi pour les premières années d'université. Décider à 18 ans si l'on veut devenir avocat, médecin, professeur, banquier ou autre est doublement ridicule. D'abord parce que les arguments développés à propos du lycée s'appliquent parfaitement aux premières années d'études supérieures. Mais également parce que si l'entrée à l'université est libre, la sélection intervient simplement un peu plus tard, entre la deuxième et la cinquième année d'études. C'est dire que les options ainsi proposées au futur étudiant sont autant d'illusions.

Comment accepter qu'il soit requis d'opérer à un si jeune âge, avec uniquement quelques bribes d'information, des choix aussi engageants et souvent irréversibles ? Une société soucieuse de la liberté de ses membres doit leur permettre de repousser au plus tard possible ce type de choix. Elle doit leur laisser le temps de réunir autant d'informations que possible, tant sur les différentes options à disposition que sur leurs propres aspirations personnelles.

Alors bien sûr, supprimer toutes les filières au lycée ferait apparaître au grand jour les inégalités béantes que le système actuel masque tant bien que mal ; la désillusion serait terrible. Et permettre aux étudiants du supérieur de choisir leurs unités de cours au sein de différentes facultés jusqu'à la licence provoquerait probablement une véritable levée de boucliers tant chez les professeurs que de la part des syndicats étudiants.

Mais c'est à ce prix que notre système éducatif redeviendrait fidèle à ses racines républicaines.

 

Voici la vidéo :

Une transcription à l'écrit (en anglais pour l'instant) est disponible chez Ezra Klein.

Analyse à suivre.

 

Polluxe a fait ce matin un excellent billet à propos de la liste "antisioniste" menée par Dieudonné.

Outre l'attitude à adopter, sur le fond, face à la théorie du complot développée par Dieudonné (stratégie qui n'est pas sans rappeler celle du Front national des années 80-90), Polluxe évoque un détail de la campagne de l'ancien comique reconverti dans le commerce de la haine : son affiche.

Elle commente tout d'abord la présence, sur la gauche de la photo, de ce qui semble être un rabbin (planté là soit pour contrecarrer les accusations d'antisémitisme, soit pour exciter un peu plus la rage du client — ou les deux). Puis elle décrit la gestuelle de Dieudonné lui-même :

gestedieudo

Ce ne sont pas des gestes habituels comme les bras ballants ou croisés. Que veulent dire ses gestes ? Ont-ils un sens précis ? Est-ce un signe de reconnaissance ?

Un signe de reconnaissance : c'est probablement cela. Attardons-nous un instant sur l'expression dans le regard : Dieudonné semble demander à l'observateur : "Comprends-tu ce que je veux dire ? Saisis-tu mon message ? Ce geste, je ne peux pas le réaliser jusqu'au bout — c'est interdit. Mais je sais que nous nous comprenons." D'ailleurs, observons la position du bras gauche : clairement, la main retient le bras droit, comme pour l'empêcher de finir un mouvement presque irrépressible.

La campagne est menée pour une Europe "libérée de la censure, du communautarisme, des spéculateurs et de l'OTAN".

Mais où est exercée la censure ? Dans les médias. Et qui contrôle les médias ? À qui profite le communautarisme ? À la plus puissante des communautés. Mais laquelle est-ce ? Qui sont les spéculateurs, qui tiennent la haute finance ? Enfin, quel pays domine l'OTAN, et qui contrôle ce pays ?

On voit bien, en essayant de répondre à ces questions dans l'optique d'un programme "antisioniste", de quoi — ou plutôt de qui — il faut libérer l'Europe. L'idée n'est pas nouvelle. En allemand, elle s'exprimait même en un seul mot.

Alors bien sûr, l'auteur de cette affiche reste dans la suggestion, et moi dans la supputation.

Mais au moins, je lui ai répondu.

 

C'est ce qu'aurait déclaré, hier à son procès, Youssouf Fofana.

Je repose donc la question que j'ai soumise à ceux de mes commentateurs qui tentaient de m'expliquer qu'il n'y avait dans cette sordide affaire ni antisémitisme, ni judéophobie ; que j'ai posée aussi à l'Hérétique, qui expliquait, mais avec beaucoup plus de finesse et de modération, que le doute était permis :

Que vous faut-il de plus ?

 

La chaîne de l'Europe

Comme j'ai eu le malheur de me plaindre sur Facebook de ce que j'avais du mal à entretenir mon blog, Mathieu m'a tagué dans la chaîne sur les élections européennes du 7 juin. Il s'agit de répondre aux trois questions suivantes :

1. C'est quoi, l'Europe, pour toi ?

C'est ça :

2. Que peux-tu écrire à tes lecteurs pour les encourager à aller voter dimanche 7 juin ?

Je ne savais pas que j'avais comme mission d'encourager mes lecteurs à aller voter. J'ai tendance à penser, comme Mathieu, qu'il "faut toujours donner son avis quand on te le demande." Mais d'un autre côté, ce n'est pas une raison pour forcer quelqu'un qui n'a pas d'avis, ou dont l'avis n'est pas représenté parmi les candidats, à mettre un billet dans une urne. Et dans toute élection, l'abstention constitue une donnée au moins aussi importante que le résultat du vote.

J'écris donc à mes lecteurs : si vous préférez ne pas voter à ces élections, ou si vous avez mieux à faire le 7 juin, ne vous sentez pas obligés d'y aller. Mais alors vous devrez vous souvenir de votre décision la prochaine fois que vous aurez l'impression qu'on "décide de votre avenir à votre place", ou que "l'Europe ne sert à rien".

3. Quelle liste représente les idées que tu veux voir défendre au Parlement européen ?

C'est bien simple : aucune. Je ne vois pas quel parti français "sérieux" peut aujourd'hui être considéré comme sincèrement européiste — je sais que pour certains, c'est une tare ou un gros mot : c'est bien là le problème.