Allez voir chez le Chafouin.

Pour ma part, vous savez ce que je pense de ce gadget. Vous pouvez aussi (re)lire ça, histoire d'avoir une bonne blague à raconter à la République des blogs de ce soir — à laquelle je ne pourrai hélas pas participer.

Ceci dit, quoi de plus naturel pour un pays gagné par la passion de l'égalité et de l'étatisme que de se doter d'un tel mirador de l'égalitarisme ?

 

Tom Woods :

Il va sans dire que l'intervention par la banque centrale d'un État sur le marché visant à pousser les taux d'intérêt plus bas que ce que le marché aurait décidé ne peut pas, par définition, être de la faute du marché.

Ce qui va sans dire va mieux en le disant. Voilà pourquoi la crise actuelle n'est ni une crise du libéralisme, ni la faillite du capitalisme, ni un appel à plus de régulation ou à je-ne-sais quelle refondation. On peut considérer que cette crise est, par certains aspects, une crise de l'information ; ou encore une crise du risque. Mais c'est avant tout, au départ et peut-être aussi, hélas, à l'arrivée, une crise de l'intervention étatique.

Dans le même sens, Reason publie aujourd'hui la vidéo d'une conférence de Jeff Miron, professeur d'économie à Harvard, qui explique en quoi le plan de sauvetage de fin 2008 était une erreur, et pourquoi seul un plan de relance basé sur des baisses d'impôt (plutôt que sur l'augmentation des dépenses) a une chance d'être bénéfique.

P.S. : je ne résiste pas à coller également l'une des dernières phrases de l'article de Tom Woods (à lire de toute urgence !), très très savoureuse :

Voici ce qui découle de tout ceci : un côté de notre spectre politique est en faveur de la planification centralisée de l'Irak, tandis que l'autre est en faveur de la planification centralisée des Américains.

 

Ce matin sur Europe 1, Marc-Olivier Fogiel présentait (lien pour écouter l'émission), avec l'aide de Wendy Bouchard, le dernier film de Woody Allen, Whatever Works. À propos du casting, l'animateur déclare :

Vous parlez du casting, justement, celui de Whatever Works est quasiment inconnu : Eva... comment vous l'appelez, déjà ? Evan Rachel Wood, et Larry David.

Et Wendy Bouchard de surenchérir :

Woody Allen en a fait une philosophie, il choisit vraiment les acteurs en fonction de leur pertinence, et pas pour le côté "bankable".

Face à tant de bêtise, d'incompétence et d'ignorance, remettons les pendules à l'heure. Commençons par Evan Rachel Wood. Une simple recherche sur Google aurait révélé à nos deux brillants compères que la demoiselle a déjà derrière elle une carrière d'actrice reconnue : elle tenait l'un des deux rôles principaux dans le film Thirteen, prix du jury au festival de Deauville.

Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous. Mais passons plutôt au cas Larry David. Fogiel et Bouchard ont évidemment le droit de ne pas connaître le co-créateur de la série Seinfeld, également créateur et premier rôle de la série culte Curb Your Enthusiasm. Mais ici encore, une simple recherche sur Google leur aurait révélé le statut de superstar dont jouit Larry David aux États-Unis.

Voilà qui aurait évité à Wendy Bouchard de théoriser sur de parfaites idioties. Là où la journaliste, envoyée jusqu'à New York pour couvrir le film, présente le casting comme un pied-de-nez à l'industrie cinématographique au nom de l'intégrité artistique, elle aurait vu que Woody Allen réunit en réalité un des plus brillants espoirs du cinéma américain et l'un des humoristes les plus connus du continent. Vous trouvez pas ça "bankable", vous ?

Ou comment l'idéologie et les préjugés débiles se substituent, dans l'esprit de ceux qui n'en ont pas, à l'éthique professionnelle la plus élémentaire et au travail.

Quand on se prétend journaliste, l'ignorance est, à titre ponctuel, tolérable. Pas la paresse intellectuelle.

 

En 1986, on nous avait annoncé que la France, pays béni des dieux, était protégée du nuage de Tchernobyl par l'anticyclone des Açores. Dans un autre registre, on a essayé de nous faire le même coup pour la crise actuelle.

Évidemment, ces subterfuges ne fonctionnent pas très longtemps ; mais si ça permet de temporiser tout en flattant l'égo des plus chauvins de nos compatriotes, pourquoi s'en priver ?

Eh bien il semble qu'on remette ça avec la grippe porcine ! On peut lire dans le Monde le directeur général de la santé, Didier Hussin, déclarer :

[La France est] un des pays les mieux préparés face à une épidémie [avec] 33 millions de traitements (médicaments antiviraux, ndlr) en stock.

Et en plus, assure-t-on au ministère, "la France n'importe ni porcs vivants, ni de viande du Mexique".

Sans verser dans le catastrophisme ni le scepticisme de principe (sinon, on va encore me traiter d'anti-France — la honte !), est-il possible d'espérer recevoir un jour de notre gouvernement une information honnête et objective sur ces sujets ? Ces phrases aussi débiles que malvenues sont-elles prononcées par stratégie, ou s'agit-il d'un réflexe quasi-pavlovien d'ordre culturel ? Que coûterait-il à Bachelot, Hussin ou à leurs collègues de s'en passer ?

Je ne suis pas loin de penser comme Jean-Michel Aphatie, qui écrivait ce matin, dans une généralisation tout de même un peu gênante :

Notre premier et pire ennemi, à nous, Français, c’est notre culture, qui nous fait voir le monde tel que nous l’imaginons et le rêvons parfois, et non pas tel qu’il est, cruel et dangereux pour le peuple que nous sommes, inadapté aux temps actuels.

 

Voici le texte de la déclaration finale issue de la conférence Durban II (Conférence d'examen de Durban, de son vrai nom).

Pour mémoire, cette déclaration a été rédigée pour sa majeure partie par l'Iran, la Syrie, le Pakistan et Cuba. Elle a été acceptée sans modification ni débat, en moins d'un quart d'heure, par tous les pays présents à la conférence, sauf la République tchèque, partie avant le vote.

À toutes fins utiles, rappelons que pour Bernard Kouchner, cette conférence n'est "pas du tout un échec". J'attends avec impatience votre avis, ainsi que vos commentaires sur le texte.

 

À moins d'une semaine du réexamen du projet de loi HADOPI par l'Assemblée nationale, voici une petite mise au point d'ordre linguistique bien nécessaire :

Deuxièmement, comme nous l'avons montré ici, le terme "piratage" n'a rien à voir avec le droit d'auteur ou toute autre forme de propriété intellectuelle, et encore moins avec l'acquisition supposée illégale de tels éléments. Tout usage du terme piratage lié à la propriété intellectuelle est soit incorrect, soit une manipulation linguistique patente à des fins politiques ou économiques.

Troisièmement, le fait de perpétuer la métaphore du "piratage" enferme le dialogue sur la propriété intellectuelle dans un cadre étroit qui ne considère que les droits du titulaire. Tout le droit de la propriété intellectuelle est un équilibre délicat entre les droits de l'auteur ou inventeur titulaire et l'intérêt général. (...)

Mais il faut bien que la métaphore du "piratage" soit dévoilée pour ce qu'elle est : des sottises pour relations publiques. Des sottises sexy, simples et, avouons-le, bien imaginées, mais des sottises quand même. (...)

Lisez l'article en intégralité sur le blog Copycense. (Source et idée pour le titre : Freakonomics.)

 

LOL

funny pictures of cats with captions

 

De quoi j'me mêle ?

Suite à mon billet sur le courage des femmes afghanes, certains ont remis en cause, en commentaires, l'intérêt et l'opportunité, pour des Occidentaux bien douillets derrière leur clavier, de dénoncer les manquements aux droits de l'homme commis dans des pays pauvres, lointains mais néanmoins souverains.

La question, au fond, c'était : à quoi ça sert d'en parler ? Eh bien, chers amis, ça sert à ça.

 

C'était court mais intense

Voilà. Ca valait vraiment le coup d'y aller. Surtout qu'en plus, les dérapages étaient vraiment, mais alors vraiment imprévisibles !

Reste maintenant à attendre la déclaration finale (bizarre comme expression, d'ailleurs : "déclaration finale"... Enfin bon, passons). On va voir ce qu'on va voir...

 

Norm Stamper était préfet de police de Seattle. Il est maintenant à la retraite, mais il a écrit aujourd'hui un article assez intéressant dans le Huffington Post, dans lequel on peut notamment lire :

Ces quatre dernières années, j'ai posé deux questions à des officiers de police dans tous les États-Unis (et au Canada). Quand avez-vous dû pour la dernière fois vous battre avec une personne sous l'influence de la marijuana ? (Je parle de marijuana seulement, pas d'herbe plus un pack de bière ou une bouteille de tequila.) Mes collègues s'arrêtent, ils réfléchissent. Leurs yeux s'écarquillent quand ils réalisent que dans leurs cinq, quinze ou trente ans de carrière, ils n'ont jamais eu à se battre avec un consommateur de marijuana. Alors je leur demande : quand avez-vous dû pour la dernière fois vous battre avec un ivrogne ? Ils regardent leurs montres.

(Pointeur : Daring Fireball.)

 

Deux Juifs, trois opinions

David Brooks :

Israël est un pays réuni dans la dispute. La culture publique est une longue cacophonie de critiques. Les politiques s'en prennent les uns aux autres avec une fureur que nous ne pouvons même pas effleurer aux États-Unis. En conférence de presse, les journalistes israéliens tournent leur dirigeants nationaux en ridicule et les maltraitent. Dans les entreprises, les subordonnés n'hésitent pas à corriger leurs supérieurs.

(...)

De façon plus importante, cette culture argumentative nourrit un sens de la responsabilité. Les autres pays dans cette région sont plus gracieux, mais il y a souvent une réticence commune à accepter la responsabilité des problèmes nationaux. Les Israéliens, pour leur part, s'en prennent à eux-mêmes pour toute chose et travaillent dur pour tirer le meilleur de chacun.

(...)

Aujourd'hui, Israël est coincé dans une période frustrante d'immobilisme. (...) Ce conflit va demeurer pendant une génération ou plus. Les Israéliens continueront leur insupportable et nécessaire barrage d'auto-affirmation. Et pourtant nous rêvons encore de paix et du jour où je serai dans la queue à une caisse israélienne et qu'une acheteuse israélienne verra une occasion de me passer devant, et — miracle des miracles — n'essaiera pas de la saisir.

Cette description, très juste, me rappelle un extrait de The Life of Brian :

 

Friday Funnies

Le Texas indépendant, avec Chuck Norris comme président ! On a le droit de rêver, tout de même...

Bon, pas sûr que tous les Texans soient chauds, ceci dit.

(Source : Slate.fr)

 

Obama est un esprit subtil, très intelligent et très charismatique. Mais il est élu depuis deux mois et n’a jamais géré un ministère de sa vie. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles il n’a pas de position. (...) Il n'est pas toujours au niveau de décision et d’efficience.

(...)

Quand [Angela Merkel] s’est rendu compte de l’état de ses banques et de son industrie automobile, elle n’a pas eu d’autre choix que de se rallier à ma position.

(...)

[Zapatero] n’est peut-être pas très intelligent. Moi j’en connais qui étaient très intelligents et qui n’ont pas été au second tour de la présidentielle. D’ailleurs, dans ma carrière politique, j’ai souvent battu des gens dont on disait qu’ils étaient plus intelligents et avaient fait plus d’études que moi.

Bigre.

Et Nicolas Sarkozy, lui, il est quoi ?

 

Le courage des femmes afghanes

C'est ça.

Bravant les pierres et les crachats, trois cents femmes ont manifesté ce mercredi à Kaboul contre une loi à destination de la minorité chiite, votée par les deux chambres du parlement afghan et signée par Hamid Karzai, aux termes de laquelle, entre autres délicatesses, il devient illégal pour une épouse de refuser les avances sexuelles de son mari, ou encore de travailler ou d'étudier sans sa permission. Cette loi confère également le pouvoir décisionnel sur la vie intime du couple aux prêtres, et interdit à l'épouse survivante d'hériter des biens de son défunt mari.

À lire aussi, le billet de l'inoxydable Nicholas Kristof. À oublier, en revanche, la dépêche de Reuters, carrément indigente.

 

Les élections européennes qui approchent remettent sur le devant de la scène politique la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Là-dessus, tout le monde a un avis, même Barack Obama.

À ma droite, on explique, avec force d'arguments d'ordre géographiques et culturels (qui a dit "occidentalistes" ?), que la Turquie, ce n'est pas l'Europe ; l'Union européenne serait une construction judéo-chrétienne, gréco-romaine, franco-allemande, etc., dans laquelle un pays musulman, même laïc, n'aurait pas sa place. Et puis de toute façon, la Turquie, nous dit-on, ne fait même pas partie du continent européen. Fort bien.

À ma gauche, où l'on récuse avec vigueur (et un certain goût pour les superstructures) toute forme de déterminisme, je lis au contraire que l'avenir de l'Europe passe par la Turquie ; les avantages sont d'ordre géopolitique, mais pas seulement. L'Union européenne ne serait pas une construction ancrée dans la terre, mais un vaste projet démocratique, et la Turquie doit donc simplement faire des efforts sur la voie de la démocratie. Et puis de toute façon, nous dit-on, elle a déjà commencé à en faire.

Entre ces deux alternatives, j'ai du mal. Dans la première, je refuse l'arbitraire d'une géographie européenne décidée à l'emporte-pièce, presque sur un coin de table ; et je vois parfois que la véritable raison du rejet de la Turquie, ce n'est pas son histoire ni sa géographie, mais sa religion. Dans la seconde, je pressens un certain expansionnisme pacifiste bon teint qui, sous couvert de paix et de démocratie, voudrait faire de l'Union européenne un super-État à l'échelle internationale.

Faut-il alors que la Turquie intègre l'Union européenne ? J'avoue ne pas avoir de réponse définitive. Mais je m'étonne qu'une troisième approche — ou plutôt un troisième critère — soit absente des discussions, comme coincée entre les deux premières. Cet angle de vue n'est ni déterministe, ni expansionniste : il se baserait plutôt sur l'histoire de l'Union européenne — sur l'histoire de sa naissance, même. Imaginé au XIXème siècle, ce projet politique n'a vu le jour, chacun le sait, qu'après la seconde guerre mondiale, et sur les braises encore chaudes d'un génocide.

Ce n'est pas un hasard : la raison d'être de l'Union européenne, c'est le refus du totalitarisme et de ses enfants naturels, la guerre et (parfois) le génocide. Cela vaut évidemment pour ses membres "historiques", mais également pour les adhérents les plus récents, y compris ceux issus de l'ancien bloc de l'Est. Cela vaut-il, en l'état, pour la Turquie ? Le refus inconditionnel de reconnaître jusqu'à l'existence du génocide arménien montre plutôt le contraire.

Il ne s'agit pas ici de considérer que l'adhésion à l'Union européenne doit nécessairement reposer sur un certain sentiment de culpabilité ou sur une volonté de repentance vis-à-vis de l'histoire du candidat. Là n'est pas l'objectif de la démarche. Mais, au-delà de critères d'ordre technique visant à mesurer son niveau de démocratisation, il est vital de reconnaître chez tout candidat qu'il partage cet objectif fondamental réunissant les États membres. En l'espèce, la reconnaissance du génocide arménien en serait une preuve nécessaire et suffisante.

Hélas, on l'attend encore.

 

Yves Cochet propose, pour sauver la planète (ben oui, il faut bien), de diminuer les aides aux familles à partir du troisième enfant. Bref, il faut préserver la planète pour nos petits-enfants, surtout s'ils ne sont pas trop nombreux ! Le député vert réclame en effet une directive européenne pour une "grève du troisième ventre".

David Desgouilles, dans Causeur, débusque bien le vieux malthusianisme tapi derrière ce nouveau délire :

Qui ne voit pourtant que l’argument de préserver la planète pour ses enfants fut, de loin, le meilleur argument pour changer certains comportements ? Pas Monsieur Cochet ! Lui préfère une société de vieux rentiers dans un pays sans industrie ; des vieux sans enfant qui n’auraient même pas de voiture électrique et qui tourneraient en rond sur leurs vélos en attendant que la mort arrive ; une espèce humaine en voie de disparition.

À lire aussi, l'article de Marianne 2 et celui de Libération.

 

Oups !

Ca a failli passer à l'as (boulot, nouveaux réseaux d'extrême-droite, etc. ;-), mais jeudi dernier (le 9 avril 2009), c'était le premier anniversaire de ce blog !

Blague à part, je suis assez satisfait du chemin parcouru. Je me souviens avoir démarré suite aux encouragements de mon ami Fred 2 Baro, alors que je craignais de ne pas tenir la distance. Ce pari-là n'est pas encore gagné : il se passe parfois une semaine entière sans que je trouve tantôt le temps, tantôt l'envie d'écrire un billet. Mais dans l'ensemble, je me trouve assez régulier, avec une moyenne proche d'un billet par jour.

J'ai eu l'honneur de rejoindre, en juillet 2009, le réseau LHC, puis d'y prendre ma part de responsabilités. Hélas, j'ai également pu voir, aux premières loges, comment une initiative au départ fondamentalement libertaire et universaliste a lentement dérivé vers l'exclusion et le déterminisme. Au fil des prises de positions, des prises de bec aussi, j'ai cessé de reconnaître chez les autres membres du comité directeur les valeurs qui me liaient au réseau LHC. Il ne manquait plus qu'une goutte d'eau à mon vase, et elle n'a pas tardé à tomber. À cet égard, la récente recomposition du comité directeur laisse à penser que toutes les leçons n'ont pas été tirées de ce triste épisode.

Au-delà de cette mésaventure, je suis surtout heureux d'avoir pu rencontrer, via leurs propres blogs, Twitter ou encore la République des blogs, beaucoup de gens intéressants, qu'il s'agisse de blogueurs, de lecteurs ou même de politiques ou d'entrepreneurs. En un an, j'ai véritablement l'impression de m'être inséré dans une communauté composée de gens de tous bords et de toutes opinions, mais globalement très ouverts à la discussion et à l'échange. Évidemment, c'est également un petit plaisir de voir son blog monter progressivement au classement Wikio, même si personne n'est d'accord sur le sens ou la portée de ce dernier.

Enfin, bref... Si l'année qui démarre pouvait être aussi riche et intéressante que celle qui s'est achevée, ça serait pas mal.

 

À la vue de la Chine...

J'ai appris mardi que ce blog était censuré en Chine. Je ne comprends pas pourquoi, compte tenu des excellentes relations entretenues, ces derniers temps, entre ce grand pays et le nôtre, et dont la diplomatie française a récemment fourni une preuve supplémentaire :

Il faut que les Occidentaux en sachent plus sur "la réalité du Tibet" et le fait qu'il s'agissait d'une "société de servage il y a plus de 60 ans", a déclaré vendredi [dernier] à Pékin l'ambassadeur français en Chine, Hervé Ladsous.

Il a réitéré que la France n'a jamais soutenu "l'indépendance du Tibet" depuis que Pékin et Paris ont établi des liens diplomatiques en 1964.

"Il demeure constant dans notre position qu'il n'y a qu'une seule Chine et que le Tibet fait partie intégrante de la République populaire (de Chine)", a déclaré Ladsous à China Daily.

Ces lignes sont issues du numéro de vendredi dernier du quotidien chinois d'État, China Daily :

Comme le relève fort justement James Fallows, qui a dégoté cette histoire pour The Atlantic, il est difficile de savoir à quelles turpitudes il convient d'attribuer cette courageuse citation : celles d'un régime prompt à manipuler l'information, ou d'une tradition diplomatique marquée par une certaine tendance à la courbette ? À toutes fins utiles, l'ambassade a simplement déclaré à France Info :

Les citations ne relèvent pas la tonalité de l’interview... elles ne reflètent pas la tonalité originale de l’interview...ce n’est pas la première fois que le China Daily ne reprend pas fidèlement les propos qui sont tenus...

Simple question de "tonalité", alors ? Toujours est-il que ni l'AFP, ni Le Monde, ni le Figaro n'ont jugé utile d'écrire la moindre ligne à ce sujet.

Bizarre...

(Pointeur : China in Africa.)

 

Aha !

(via le Faucon.)

 

Sans moi

Attention : billet corporatiste.

J'écris "corporatiste", parce que le sujet dont je m'apprête à traiter intéressera (peut-être) les habitués de la blogosphère politique française autant qu'il ennuiera (probablement) les autres. Je m'en excuse par avance auprès de ces derniers.

Le 31 mars 2009, Roman Bernard, membre fondateur du réseau LHC, a annoncé la création d'un nouveau réseau de blogs — un de plus —, dénommé "Renovatio Occidentalis". Trois des cinq membres du comité directeur du réseau LHC — Lomig, d'Expression Libre, René, de Ce que je crois, et donc Roman — ont pris part à cette initiative, sans juger bon d'en informer au préalable le reste du réseau, ni même du comité directeur (pas moi, en tout cas).

Outre ces trois auteurs, ce réseau regroupe essentiellement des personnes dont j'ignorais jusqu'à présent l'existence, mais dont les blogs ressemblent plus à la page MySpace d'un frontiste de 14 ans qu'à autre chose. Sans rire.

Les réactions n'ont pas tardé. Comme prévu, j'imagine. D'abord celle de Fabrice, Manuel et Mathieu, virulente. Roman y a rapidement répondu, complètement à côté de la plaque. Un peu de suffisance, ça a son charme. Mais à ce point-là, ça en devient écoeurant. Il a également cru bon, en guise de représailles, de révéler chez Didier Goux les noms de famille de Fabrice, Manuel et Mathieu, qui ont pourtant fait le choix de l'anonymat. Du pur fascisme. N'ayons pas peur des mots, d'autant que ce n'est pas la première fois qu'il a recours à ce procédé abject, qu'il a osé considérer comme une "punition".

Nicolas aussi a réagi, acide. Didier Goux, aussi, brillant sur la forme mais assez léger sur le fond — il faut dire que Didier s'est empressé de rejoindre ce nouveau réseau. Mathieu en a profité pour en remettre une couche, avec humour.

Ironie du sort, il me faut écrire ces lignes à quelques jours du premier anniversaire de ce blog, mais surtout peu après avoir défendu Lomig, Roman et René dans un procès caricatural en droitisme de la part de Nicolas. Mais le lecteur attentif de ce blog et de ses voisins sait bien qu'il ne s'agit pas, ici, de cela. Je me fous éperdument que l'on me qualifie de gauche ou de droite ; j'ai écrit ce que j'ai écrit en toute bonne foi, parce que j'estimais qu'il était trop léger de dire "libéral = droitier = méchant". Mais, hélas, on n'en est plus là. Loin s'en faut.

Il faut lire leur charte fondatrice. Sans faire dans la caricature, il s'agit de lutter contre une certaine crise morale qui minerait non seulement notre douce France, mais l'Occident tout entier. Une crise causée, pèle-mêle, par le relativisme, le communautarisme, l'atlantisme, l'européisme, le mondialisme... Bref, par tout ce qui fait mentir la terre. Mais aussi, évidemment, par l'islam (et pas l'islamisme, pour le coup), "respecté" tant qu'il n'est pas "importé de force en Occident" (sic), et, mains propres tête haute, le nationalisme. Comme c'est commode. Ces -ismes, nous dit-on, sont responsables de tous les maux, des inégalités sociales jusqu'à la dénatalité et même l'obésité, en passant par la "crise de la jeunesse" ou "les bandes". En somme, l'Occident doit se renfermer, refuser l'autre à l'intérieur comme à l'extérieur, pour mieux renaître. Pas besoin de discuter, c'est "évident".  La rénovation occidentale, en somme, c'est une révolution nationale des temps modernes. Abonnement à Minute inclus dans le forfait, et carte d'Action française en option.

Tous les thèmes adressés, tous les jugements portés, toutes les postures choisies dans la charte du réseau "Renovatio Occidentalis" — jusqu'à ce nom absurde, pompeux, en latin, mais aux relents nauséabonds —, tout cela relève de la pensée d'extrême droite la plus classique, la plus inacceptable aussi. Écrire, au détour d'une phrase convenue, que l'on rejette toute xénophobie, tout racisme et que l'on souhaite dépasser le nationalisme n'a aucun sens lorsque chaque autre paragraphe, chaque autre idée transpire la haine de l'autre et le rejet de la différence. Ces réserves verbeuses sont au mieux démagogiques, au pire schizophréniques.

Cette découverte est, pour moi, brutale. Je savais Roman très porté vers les thèses de la droite nationale (je ne crois pas qu'il s'en défende, d'ailleurs, lui qui considère Le Pen lui-même comme un "communautariste") ; et j'ai déjà eu l'occasion de m'opposer aux opinions de René sur "notre culture" et sa supposée "supériorité". Mais je ne les pensais pas prêts à sauter ainsi le pas. En ce qui concerne Lomig, le choc est étourdissant. Mon ami, comment peux-tu cautionner, et surtout te joindre à une telle initiative ? Je te sais trop intelligent, trop vigilant pour ne pas y reconnaître ce que j'y vois. Quelle cause penses-tu faire avancer dans cette sinistre aventure ? Que vaut ton libéralisme s'il s'accommode d'une telle compromission ?

De ce dernier, j'espère recevoir bientôt une réponse. Au moins au nom de notre amitié, et de ce que j'en croyais constituer la fondation : une certaine proximité intellectuelle, un réel goût de l'échange et de la discussion.

J'ai écrit, récemment, que le réseau LHC avait cela d'unique que "l'appartenance de ses membres ne repose pas sur une plate-forme politique". Je réalise avec amertume que cette particularité devait gêner autant Nicolas que Lomig, René ou Roman, pour qu'ils aient décidé de fonder ce nouveau réseau sur des bases idéologiques que j'ose qualifier d'extrême droite.

Depuis la précédente querelle, mon appartenance au réseau LHC ne tenait déjà plus qu'à un fil. Le voilà rompu : je ne peux accepter de prendre part à un comité directeur dont la majorité des membres se rattache à cette famille politique. Les autres LHC feront comme bon leur semble ; de par mon implication dans la vie du réseau, ma situation est différente. J'espère que ceux que je considère comme des amis le comprendront.

Je quitte donc le réseau LHC parce qu'il m'est personnellement impossible de faire autrement. Question d'hygiène morale.

 

HADOPI : un signe qui ne trompe pas

Il ne s'était trouvé que 11,4% de nos bons députés pour voter sur le projet de réforme de l'audiovisuel. J'apprends par le Faucon qu'ils n'auront été que 3% pour le projet HADOPI. En effet, le projet de loi Création et Internet a été adopté hier soir, à l'Assemblée nationale, par douze députés contre quatre.

Cette loi qu'à peu près tout ce que la blogosphère compte de cerveaux en état normal de fonctionnement dénonce inlassablement depuis des semaines comme un des textes les plus liberticides de l'histoire française contemporaine ; ce concept de "riposte graduée" que le législateur néo-zélandais s'est vu contraint par la pression populaire de retirer ; ce projet contre lequel le Parlement européen a prononcé avec fermeté son opposition totale ; ce mécanisme qui revient, pour un État obèse et irresponsable, à remettre tout ensemble la liberté des Français, l'indépendance de leurs fournisseurs d'accès et jusqu'à l'autorité judiciaire entre les mains d'un lobby en perte de vitesse...

Pour tout cela, il ne s'est trouvé, parmi les représentants du peuple souverain, que seize personnes.

Je me fous de savoir que le vote aurait du avoir lieu la semaine prochaine, et qu'on a donc agi "contrairement à l'usage". Quand l'Assemblée est en session, les députés doivent être assis sur ses bancs. Point barre. Ce n'est pas la première fois, et ça commence à faire beaucoup.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Ceux-là sont ceux d'une classe politique étouffée par son propre cynisme ; d'une République qui meurt, lentement mais sûrement, de la pire des maladies : l'oligarchie.

Le remède est pourtant bien connu : interdiction stricte du cumul des mandats, quorum impératif dans toutes les assemblées législatives et réduction drastique du nombre de leurs membres. Mais, spectaculaire faillite de l'intelligence collective, le malade préfère mourir que guérir. Tant pis pour lui.

 

Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Dani Rodrik, au terme d'un billet passionnant intitulé "Quand la mondialisation a-t-elle débuté ?" (attention, question piège) :

Deux leçons, donc, pour aujourd'hui. Premièrement, aussi particulier qu'il ait pu paraître, le dernier quart de siècle de mondialisation n'a pas réellement constitué une rupture qualitative avec le passé : c'était ce que nous connaissons depuis très longtemps, perçu peut-être un peu plus intensément.

Et deuxièmement, à moins d'une guerre, il y a peu de chances que nous connaissions une retournement drastique de la mondialisation. La globalisation économique se développe depuis bien trop longtemps pour que même le krach de 2008 y change quelque chose.

Désolé de décevoir les apôtres de la "refondation" du capitalisme — de gauche comme de droite —, mais il faut parfois se rendre aux évidences les plus... évidentes : la mondialisation, c'est le capitalisme ; et le capitalisme, c'est la mondialisation. Vous n'arrêterez ni l'un ni l'autre.

Capitalisme d'État, retour à un capitalisme non financier ou encore patriotisme économique pour les uns ; protectionnisme, altermondialisme voire changement de système pour les autres : tout cela relève en réalité du même fantasme, du même rêve éveillé — celui d'un retour en arrière impossible. L'étiquette change simplement selon le positionnement politique du rêveur. Mais le rêve ne se réalisera jamais, car cet arrière, cet état initial idéalisé, relève du mythe : il n'a jamais existé.

Il est temps de se réveiller.

 

Ainsi donc, le déchaînement populaire contre les bonus et les stock-options — fait-on seulement la différence entre les deux ? — a fait son oeuvre, et le décret tant attendu par les bonnes âmes de l'anticapitalisme débilitant a fini par voir le jour : les entreprises ayant bénéficié d'aides de l'État se verront désormais imposer les obligations suivantes, jusqu'au 31 décembre 2010 :

  1. Interdiction d'émission au bénéfice des dirigeants de toute forme de stock-options (actions gratuites, options d'achat, options de souscription, etc.) ; et
  2. Resserrement des conditions d'attribution des bonus, avec interdiction complète en cas de "licenciement de forte ampleur".

C'est une longue tradition française : celle des réglementations prises à courte vue suite à un événement hyper-médiatisé, dans l'espoir de calmer la "fureur populaire". Ainsi, l'affaire Valéo et ses cousines ont donné naissance à ce texte comme l'affaire Staviski avait, en son temps, entraîné la création d'une infraction pénale que le monde nous envie encore aujourd'hui : l'abus de bien social.

L'inconvénient, vous le sentez bien, c'est qu'une fois l'émotion passée, le texte, lui, demeure. Comme l'ABS continue pourrir la vie des petits entrepreneurs autant que des grands, il y a fort à parier que ce nouveau gadget gâchera celle des jeunes pousses ayant réussi à décrocher je ne sais quelle subvention autant qu'il ralentira les opérations de restructuration dont certaines grandes entreprises français ont pourtant bien besoin. On m'objectera que le décret est censé s'auto-détruire en 2011 : mais on ne compte plus les mesures conçues comme temporaires pourtant prorogées d'année en année (par exemple, l'élargissement de la CSG par le gouvernement Juppé, en 1995).

Comme le relève Jules, le travail est évidemment bâclé, tant sur la forme (légalité du décret eu égard aux mécanismes du droit des sociétés) que sur le fond (caractère extrêmement flou de la notion de "licenciement de forte ampleur").

Pouvait-il en être autrement d'une mesure conçue essentiellement comme un bon coup de marketing pour un président et son gouvernement prêts à tout pour surfer sur l'abrutissante vague de l'égalitarisme et du misérabilisme ambiants ? Pour bien faire, il aurait fallu passer par la loi ; surtout, il aurait fallu le faire avant de distribuer l'argent public comme des petits pains.

Passer par la loi, voyez-vous, ça aurait pris du temps, et ça aurait demandé un vrai travail de rédaction — c'est ce que l'on appelle la légistique. Et au moment où on a ouvert les vannes de la pompe à fric, la loi, c'était le cadet de nos soucis. Le plus important, c'était de montrer qu'on était réactif face à la crise ; que l'État tout-puissant pouvait ré-enfiler son costume d'État-providence. Peu importent les conséquences.

Il aurait déjà été douteux que le législateur s'occupe si intimement des rapports entre conseils d'administration et dirigeants ; mais au moins aurait-on pu puiser un semblant de légitimité dans le rôle représentatif du Parlement, puisque c'est au final l'argent du contribuable — enfin, de ses enfants et petits-enfants — qui est versé aux entreprises. Mais un décret ? Peut-on me dire d'où le Premier ministre tire son autorité, en fait ou en droit, pour décider des conditions dans lesquelles une entreprise privée entend rémunérer ses dirigeants ?

Au fond, ce triste épisode ne fait que confirmer ce que les précédents — projet HADOPI, affaire Pérol, j'en passe et des meilleures —nous ont déjà appris : l'état de droit, chez nous, on s'en contre-fout.