Les médias traditionnels sont-ils morts en Iran ?
lundi 15 juin 2009
Fidèle à son habitude, la télé répète en boucle les mêmes informations à moitié vérifiées, les mêmes analyses un peu à côté de la plaque. Sur France 5, un chercheur au CNRS explique que jamais la police ne tirera sur la foule, ça n'est pas dans l'intérêt du régime, alors que dix minutes plutôt, un manifestant est mort par balle.
Même les envoyés spéciaux semblent à la traîne. Sur France 24, l'un d'entre eux, qui parle en direct depuis le balcon de sa chambre d'hôtel, assure que la tombée de la nuit va mettre un terme aux émeutes. Quelques instants auparavant, pourtant, de nouvelles voitures prennent feu dans les rues de Téhéran.
La presse en ligne fait mieux, mais le temps de mettre à jour les articles, elle perd peu à peu le fil du direct. Même les blogs semblent un peu trop lents.
Un seul outil donne l'impression d'immédiateté que nous recherchons pour suivre ce type d'événements minute par minute : Twitter. Les images, les mots envoyés par les Iraniens au coeur de la manifestation se propagent de proche en proche autour du globe quasiment en temps réel. Mais c'est une information qu'il faudra vérifier soi-même — parfois en consultant les sources, parfois simplement à l'instinct : on aura tout le temps de prendre du recul un peu plus tard.
En cela, Twitter n'est pas un média, au sens étymologique du terme. Et si Twitter n'est pas un média, alors les médias sont morts. Non pas à cause de leurs business models obsolètes, ou de leurs subventions abrutissantes, ou d'un défaut dans la formation des journalistes. Mais simplement parce qu'ils sont médiats, alors que l'avenir appartient à la conversation immédiate.


