Le texte qui suit a été traduit par mes soins avec l'aimable autorisation de son auteur, Nate Silver, qui tient le blog FiveThirtyEight.com. L'article original est disponible ici. Reconnu dans toute la blogopshère américaine comme l'une des meilleures sources en matière d'analyses électorales, ce blog a pris son envol à l'occasion des dernières élections présidentielles américaines, à l'occasion desquelles Nate Silver a fait preuve d'une capacité d'analyse non partisane et d'une rigueur méthodologique de tout premier plan. Ce texte, comme l'original, ne saurait être reproduit, copié ou modifié sans l'autorisation de son auteur.



Au premier tour de l’élection en 2005, les trois candidats conservateurs à la présidence iranienne — Mahmoud Ahmadinejad, Ali Larijani et Mohammad Baqer Qalibaf —, obtinrent collectivement 41 pour-cent des voix. Vendredi dernier, apparemment, Ahmadinejad a obtenu 63 pour-cent des voix. D’où ces suffrages supplémentaires viennent-ils exactement ?

L’utilisation de l’analyse de régression multiple peut fournir des éléments de réponse à cette question. On peut prendre la part des suffrages des sept candidats en 2005, et la comparer dans chacune des 30 provinces d’Iran avec la part reçue par chacun des quatre candidats cette année. Je pondérerai cette régression par la racine carrée du nombre de voix dans chaque province, afin de donner plus de relief à celles dont le total des voix est plus élevé.

Ce tableau se lit de la gauche vers la droite. Si on prend la deuxième colonne à partir du haut, par exemple — les voix attribuées à Ali Larijani en 2005 —, on estime que 83 pour-cent de son bloc de voix est allé à Ahmadinejad, 16 pour-cent à Musavi, et 1 pour-cent à Karrubi. Ces résultats ne sont guère surprenants ; Larijani était un conservateur, comme Adhmadinejad.

De même, Ahmadinejad a apparemment récupéré la majorité des voix de Mohammad Baqer Qalibaf, l’ancien maire conservateur de Téhéran. Il a également conservé la plupart de ses propres voix. Musavi, cependant, a récupéré la majorité des voix de Mohsen Mehralizadeh et de Mostafa Moeen, deux candidats réformateurs. Ces resultats ne sont pas surprenants non plus.

Soyez prévenus, avant de procéder plus avant, que les marges d’erreur pour ce type d’analyses sont assez élevées. Il ne faut pas les considérer comme définitives. Il faudrait examiner les données au niveau de chaque ville pour obtenir des estimations plus solides.

Mais, cette réserve faite, au moins un résultat est plutôt surprenant. À savoir qu’Ahmadinejad semble avoir récupéré la plupart des voix de Mehdi Karrubi, qui est généralement décrit comme le plus libéral des candidats. Ceci en dépit du fait que Karrubi lui-même était candidat cette année ; il n’a apparemment conservé que 5 pour-cent de ses propres voix.

Renard ayant déjà détecté cette anomalie, je ne vous apprends rien de nouveau. Mais il me semble que c'est la clé pour expliquer l’élection iranienne — qu’elle ait été légitime ou pipée. Ahmadinejad a remporté toutes les provinces que Karrubi a gagnées en 2005, et sa part cumulée du vote dans ces 11 provinces est de 66 pour-cent, soit plus que son total global. Dans la province où Karrubi a le mieux réussi en 2005, sa région natale du Lorestan, Ahmadinejad a obtenu quelques 71 pour-cent des suffrages.

Reste que la plupart des provinces où Karrubi a bien marché en 2005 sont rurales, et il est possible que le penchant rural pour les candidats conservateurs ait été plus important en 2009 qu’en 2005. Comme je l’ai mentionné auparavant, Ahmadinejad n’a pas si mal marché dans la province la plus urbaine d’Iran, Téhéran, en 2005, mais il y a relativement mal réussi la semaine dernière. Si Ahmadinejad a remporté les élections, il l’a fait en s’adjugeant les électeurs ruraux de Karrubi. Et s’il les a truquées, ces suffrages ont été volés ou obtenus par intimidation.

Il faut aussi considérer comme facteur secondaire dans le prétendu succès d’Ahmadinejad sa capacité à capturer la plupart des voix d’Akbar Hashemi Rafsanjani, un modéré (pour l’Iran) qu’Ahmadinejad avait battu dans le scrutin de 2005. Rafsanjani avait remporté trois provinces au premier tour en 2005 : Kerman, Zanjan et Gilan. Ahmadinejad a les apparemment remportées toutes les trois, récoltant 78 pour-cent des voix dans le Kerman, 77 pour-cent dans le Zanjan et 68 pour-cent dans le Gilan. Le Kerman — le meilleur score de Rafsanjani en 2005 — est même le meilleur score d’Ahmadinejad en 2009.

Voilà qui est certainement un peu plus facile à avaler que le succès d’Ahmadinejad auprès des électeurs de Karrubi. Rafsanjani était président d’Iran entre 1989 et 1997 et constituait ce qui ressemblait le plus à un sortant pour les électeurs en 2005 ; Ahmadinejad était, évidemment, le sortant de cette année. Toutefois, Ahmadinejad et Rafsanjani entretiennent une réelle rivalité, Ahmadinejad traitant Rafsanjani de «marionnettiste», et Rafsanjani traitant Ahmadinejad de menteur à la veille des élections.

Mais ceci est la version de Mahmoud Ahmadinejad, et on devine qu’il s’y tiendra.

 

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