Après dix jours passés sans bloguer, je pensais que le week-end prolongé qui s'achève aujourd'hui serait pour moi l'occasion de retrouver un certain rythme d'écriture et un semblant d'inspiration. Mais je n'ai rien publié vendredi ; samedi, j'ai fait dans la publicité trompeuse ; et aujourd'hui, un billet d'à peine cinq lignes (sans compter la citation). J'avais prévu de répondre à Seb sur la question du vote obligatoire dans un article de fond, long et détaillé, qui m'aurait permis de retrouver un peu mon rythme d'écriture et une certaine inspiration. Ce billet, je ne l'ai toujours pas écrit : les idées sont là, j'ai un début de brouillon, mais l'écriture ne vient pas.

Alors, la surcharge professionnelle de début mai peut expliquer le mutisme en semaine ; mais pas le week-end : je commence l'écriture de ce billet assis sur mon canapé, mon MacBook sur les genoux et avec Arsenal-Chelsea à la télévision (3-1 pour Chelsea, match un peu bizarre mais avec un but superbe d'Anelka).

Ce week-end, je n'ai pas blogué autant que prévu — c'est le moins qu'on puisse dire. Mais qu'est-ce que j'ai twitté ! 17 fois rien qu'aujourd'hui, 17 également hier, et 22 vendredi. Sur Twitter, j'ai abordé beaucoup de thèmes sur lesquels je comptais rédiger un billet en bonne et due forme : l'état de la presse, le manque de professionnalisme de certains journalistes, les masques qui tombent, la grippe porcine, l'horreur, l'intelligence, l'affaire, et même, il y a quelques instants, le bilan de Nicolas Sarkozy.

Sur tous ces sujets, j'avais donc prévu de publier des billets longs, fouillés, détaillés. Mais une fois un petit message de 140 caractères envoyé, l'envie est pour ainsi dire passée. Bien sûr, 140 signes, c'est trois fois rien : pas de véritable analyse, pratiquement aucun recul, et finalement très peu d'originalité. Mais la référence est faite, le sujet est abordé, et on peut passer à autre chose. Non sans culpabilité, bien sûr — sinon, je ne serais pas en train d'écrire ce billet. Mais l'essentiel est là : j'en ai parlé ; j'ai montré que j'avais vu passer l'info, et qu'elle était importante à mes yeux.

Évidemment, Twitter aussi prend du temps. Mais la différence entre Twitter et votre blog, c'est que Twitter ne requiert pas toute votre attention. Pour écrire un billet un tant soit peu cohérent, vous avez besoin d'un minimum de concentration pendant un minimum de temps. Selon le blogueur, selon le billet aussi, ce sera parfois deux heures, parfois dix minutes — mais pendant ces deux heures, pendant ces dix minutes, vous ne faites rien d'autre : vous bloguez. Une fois le billet publié, vous en avez fini. Vous pourrez ensuite suivre les commentaires (mais tout le monde ne le fait pas avec le même investissement), mais le pic d'attention est passé.

En comparaison, Twitter n'exige rien de tel. Une idée vous passe par la tête, ou vous lisez un article intéressant, et hop ! En deux clics et autant de phrases, vous avez fait passer un message. Même pas besoin d'interrompre ce que vous faisiez avant ; et si on vous répond, la discussion s'amorce de la même façon : comme si rien n'était.

Je twitte au bureau sans aucun scrupule, tandis que je me sens toujours un peu coupable lorsque j'entreprends de rédiger un billet entre deux dossiers. Je twitte aussi à la maison, devant un match de foot ; mais si je décide d'écrire un article, je sais bien que je ne pourrai pas vraiment suivre Arsenal-Chelsea. Je twitte même parfois pendant un repas, sur mon iPhone ; je ne sais pas comment la personne de l'autre côté de la table réagirait si je sortais mon ordinateur pour l'installer à côté de mon assiette.

Alors, Twitter est-il le pire ennemi du blog ? Pas si sûr. Robert Scoble, le plus célèbre des blogueurs, a pas mal écrit là-dessus : plus on twitte, moins on blogue. Il faut dire que pour lui, Twitter, c'est du blog. Simplement, les idées sont plus courtes, plus concises, plus brutes. Et il considère que ce n'est pas une si mauvaise chose : le style est différent, le message un peu moins complexe, mais la présence demeure, et avec elle le blogueur conserve sa voix.

Ca ne l'empêche pas d'annoncer qu'il compte bien redresser la barre : "Pourquoi ? Je recommence à avoir des idées plus longues.", dit-il. Simple fainéantise, les idées courtes ? Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c'est qu'il n'y a pas de raison pour je ne recommence pas, moi aussi, à bientôt avoir des idées plus longues.

 

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