Bonus pour les professeurs !

Comment résoudre une crise causée par une bulle immobilière due au crédit surabondant ? En offrant des prêts à taux zéro pour l'achat de biens immobiliers, bien sûr !

Ce n'est pas une boutade, hélas : après le doublement des prêts à taux zéro dans le neuf, le ministère de l'éducation nationale vient d'annoncer, comme le rapportent les Échos :

Les professeurs qui s'installent ou déménagent pourront dès septembre bénéficier d'un prêt à taux zéro, a indiqué vendredi le ministère de l'Education dans un communiqué, confirmant une information d'Aujourd'hui en France/le Parisien.

(...)

Les bénéficiaires pourront emprunter sans intérêt sur dix ans jusqu'à 30.000 euros, s'ils étaient locataires et veulent acheter un premier logement. Ceux qui sont déjà propriétaires ne pourront prétendre qu'à 15.000 euros. Dans tous les cas, le prêt ne pourra concerner que l'achat d'une résidence principale.

Passons sur la méconnaissance économique crasse qui préside à ce genre d'initiatives. Je n'ose imaginer que les brillants esprits ayant conçu la mesure ne connaissent pas, au moins vaguement, les mécanismes de la crise économique actuelle. C'est que l'objectif, ici, n'est pas économique, mais démagogique idéologique.

En on ne s'en cache même pas. Selon le ministère, il s'agit de "contribuer à la revalorisation de la condition enseignante". Belle idée en principe. Mais, comme le relève Mathieu :

D'abord, il y a bien des Français qui ont besoin de ce type d'aides d'État. Ensuite, je gagne quand même environ 30 000 € par an, et je ne vois pas en quoi cela justifie un prêt aidé. (...) Enfin, je troquerais largement une hausse de salaire contre ce prêt.

Je ne suis pas certain que ce soit l'argument que Mathieu cherchait à développer, mais il me semble, comme le révèle son propos, que cette mesure va surtout contribuer à creuser le fossé entre ce que certains ont appelé "les deux France" : d'un côté les personnes travaillant dans le privé, ou ne travaillant pas du tout, sur qui la crise a eu et risque de continuer à avoir un impact dévastateur ; de l'autre, ceux qui ont le bonheur de travailler dans la fonction publique, dont l'emploi est sécurisé et qui ne risquent, au pire, qu'une baisse de leur pouvoir d'achat.

Avec un salaire fixe qui tombe tous les mois et un risque de licenciement proche du néant, les fonctionnaires en général, et les professeurs en particulier, étaient déjà les clients favoris des banques françaises, et les locataires rêvés de tout propriétaire normalement constitué. À quoi sert alors cette initiative de prêts à taux zéro, sinon à faire perdre quelques points d'intérêts aux banques qui les auraient accordés au prix du marché ?

Puisqu'il s'agit, on le comprend bien, de calmer la grogne des professeurs, combien de temps faudra-t-il attendre avant que les autres corps de métiers de la fonction publique ne demandent les mêmes avantages ? Une fois l'élargissement opéré, devra-t-on considérer ces prêts à taux zéro comme un nouvel "avantage acquis" que les syndicats de la fonction publique se feront un devoir de défendre bec et ongles, tandis que les salariés du privé et les PME se verront refuser des prêts de 5 000 euros ?

Pendant que les uns subissent les plans sociaux, les réductions d'effectifs et la mise en stand-by des campagnes de recrutement, les autres se voient offrir des incitations à l'accession à la propriété immobilière. Alors que l'on annonce des suppressions de postes dans la fonction publique, alors les déficits s'alourdissent de jour en jour et que l'économie privée est au bord de l'asphyxie, les incitations n'ont jamais été aussi fortes ni aussi nombreuses de travailler pour l'État.

Plus encore par les temps qui courent, la réussite, en France, c'est décrocher un emploi de fonctionnaire. Sauf mon respect pour ceux qui y sont parvenus, on n'est pas sorti de l'auberge.

 

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