Une pointe de lassitude
lundi 12 janvier 2009
Je n'ai rien écrit sur ce blog depuis mercredi dernier. Autant dire une éternité, à l'échelle du petit monde que constitue notre blogosphère politique. Pourtant, les sujets n'ont pas manqué et, avec eux, l'inspiration non plus. Le temps, un peu.
J'avais très envie d'écrire sur la guerre à Gaza, plutôt que de me contenter de citer, mais je ne suis ni expert en géopolitique, ni spécialiste de stratégie militaire. Mon terrain aurait plutôt été celui de l'éthique et de l'appel à la modération contre l'emballement et la désinformation, mais je crains que l'on ait atteint dans cet épisode un certain point de non retour intellectuel : celui où vous n'écrivez plus pour convaincre personne, mais plutôt pour réconforter vos partisans et exciter vos adversaires. Aussi, je l'avoue, les trolls pro-Hamas et autres commentaires de pure haine que j'ai reçus en retour de mes tentatives précédentes ont achevé de freiner mes ambitions.
Je crains qu'il soit impossible en France de débattre posément de tout ce qui touche, de près ou de loin, aux Juifs à Israël, par principe. Trop nombreux sont les censeurs qui confondent intellectualisme et romantisme, raison et dénonciation, conscience et violence. Alors je préfère les laisser à leurs acrobaties rhétoriques, et discuter avec ceux croient encore à l'idéal de modération autant qu'en leur propre intelligence.
Je comptais aussi faire part de mon étonnement de voir comment quelques mots simples de Lomig sur le Vendée Globe et sa vie de famille peuvent aboutir à le voir se faire traiter d'esclavagiste par rien de moins que le numéro un du classement Wikio. Mais avant de rédiger mon billet, je suis allé faire un tour chez ce monsieur, au demeurant fort sympathique paraît-il, et j'y ai vu un autre blogueur se prendre une volée de bois vert pour avoir essayé de démontrer que patron, libéral et économie, ce sont trois mots différents. Peine perdue, donc.
J'avais enfin envie de mettre mon grain de sel dans la discussion sur l'intérêt de la suppression annoncée — et donc l'intérêt tout court — du juge d'instruction, ce tropisme judiciaire français que notre bon président semble vouloir remplacer plus par populisme que par souci d'équité. Mais j'ai préféré attendre de mûrir ma réflexion sur ce sujet, et mal m'en a pris. La machine à buzz de l'Élysée a battu son plein ; je compte sur les doigts de ma main les blogueurs qui, comme moi, n'ont pas abordé ce thème. Voici tout de même quelques courtes observations :
Au civil, ce sont les parties qui mènent dialectiquement l'évolution du procès, par le truchement de leurs droits et obligations respectifs, en vertu du principe du contradictoire. On dit de ce système qu'il est accusatoire. Au pénal, c'est le ministère public — qui représente la société — et la défense — le plus souvent, un individu — qu'il faut départager. On sent bien que le rapport de forces est moins équilibré entre la société toute entière, même prise en son représentant, et un de ses membres, même riche et bien assisté, qu'entre deux parties à un procès civil, même les plus inégales.
Au pénal, donc, dans le système inquisitoire français (merci Paul), il revient à un juge de compenser, en menant l'instruction pour le compte des parties, cet inévitable déséquilibre. Beaucoup d'observateurs avisés estimaient que même avec toute la bonne volonté du monde, il lui était bien difficile de s'acquitter de cette tâche ; et que le seul moyen efficace de corriger un déséquilibre injuste, c'est de renforcer les droits de celui qui le subit. Hélas, il semble que la réforme esquissée par Nicolas Sarkozy dans son discours annonciateur fasse exactement le contraire, en risquant in fine de remplacer un juge un peu trop accusateur par un parquet qui l'est toujours, par nature sinon par devoir.
Voilà qui met un terme à cette session de rattrapage. Aucun des trois thèmes abordés dans ce billet n'a le moindre rapport avec les deux autres, ce qui ne sert pas la clarté du propos, ni la tâche du lecteur, mais c'est comme ça que j'avais envie de faire aujourd'hui.
Bonne fin d'après-midi et bonne semaine à tous.


