Grève de l'intelligence

Après-demain, jeudi, c'est donc jour de grève. Grève interprofessionnelle même. Bigre alors. Et si l'on en croit les sondages, une majorité de Français soutiennent cette grève. Curieux syndrome de Stockholm, que Lomig décrypte assez bien, me semble-t-il.

Je cite un court extrait du texte d'appel à la grève (voir lien ci-dessus) :

Les organisations syndicales [...] appellent à agir massivement et interpeller les responsables gouvernementaux, les responsables patronaux et les employeurs pour [...] défendre l'emploi privé et public, [...] lutter contre la précarité, [assurer] le maintien du pouvoir d'achat [...].

Lisez cette phrase plusieurs fois. Répétez-là dans votre tête, et à voix haute si nécessaire. Dès les premiers mots (l'utilisation du mot "agir" pour désigner une grève, synonyme d'inactivité), elle est absurde — ni plus, ni moins.

Comment imaginer qu'on peut faire avancer le pays sur des thèmes aussi larges simplement en s'arrêtant de travailler pour quelques heures ? Cette déclaration, véritable insulte à l'intelligence du lecteur, porte la marque des maux les plus profonds de la société française : l'assistanat, et son corollaire, la confiance la foi en un État tout puissant, source nécessaire de toutes les richesses et capable de réaliser des miracles auxquels on ne croit plus nul part ailleurs, ou presque.

Oui, en temps de crise, l'emploi mérite d'être défendu ; la précarité des plus démunis combattue. Oui encore, nous aimerions tous que ces temps si difficiles n'entament pas notre pouvoir d'achat. Mais la solution est-elle à chercher du côté de la revendication creuse et de l'inactivité ? Barack Obama, qui plaît tant aux Français, a déclaré dans le discours que certains, chez nous, ont d'ailleurs trouvé un peu trop modeste :

Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu'au début de la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l'an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l'immobilisme, de la protection d'intérêts étroits et du report des décisions désagréables.

Ces mots ne valent pas que pour les États-Unis. La France souffre depuis trop longtemps de l'immobilisme ; on y protège avec beaucoup de vigueur des intérêts souvent plus étroits d'ailleurs ; elle reporte systématiquement, depuis une génération toute entière, les décisions désagréables.

Ce n'est qu'en affrontant et en acceptant la réalité que l'on peut la plier à ses desseins. Ce n'est que par l'effort et par l'action que toute entité, toute personne, toute communauté peut améliorer son sort et ses conditions de vie.

Ceux qui veulent défendre leur emploi doivent d'abord y devenir meilleurs. Ceux qui n'en ont pas doivent d'abord persévérer dans leur recherche, et penser à travailler pour leur propre compte. Ceux qui veulent lutter contre la précarité et maintenir leur pouvoir d'achat doivent d'abord créer des richesses.

Cette grève ne sert à rien.

 

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