Deux chaînes pour le prix d'une

J’ai récemment été désigné, une fois par Roman et une fois par Lomig, dans deux chaînes différentes mais connexes — en ce qui me concerne du moins : la première sur le positionnement politique des blogueurs ; la seconde sur la définition du libéralisme.

Histoire de retenir un peu de ma liberté éditoriale, je vais faire d’une pierre deux coups, en répondant à ces deux sommations en seul billet. Non pas que mon positionnement politique se résume au libéralisme, mais enfin, je me vois mal publier deux textes à la suite sur ces sujets ; et je préfère ne pas choisir entre les deux : je ne voudrais froisser personne ;-)

Commençons par le positionnement politique, donc. Pas évident, comme question.

J’aimerais sincèrement pouvoir me placer sous un étendard, comme le font les left blogs ou les blogueurs du MoDem, par exemple, mais la discipline de parti m’est totalement étrangère. Elle me fait même un peu peur, pour tout vous dire. Non pas que je sois contre l’existence de partis politiques — on n’a, jusqu’à présent, rien trouvé de mieux pour faire vivre la démocratie. Mais, par individualisme peut-être, j’ai beaucoup de mal à dire «nous», et j’en ai plus encore à penser ainsi.

À défaut, je serais tout aussi heureux de me reconnaître dans tel ou tel courant politique présent ou passé, comme le fait Roman quand il se déclare «néoconservateur ou bonapartiste». C’est peut-être par manque de recul, ou, encore une fois, par individualisme forcené. Même l’étiquette de «libéral» me déplaît, en ce qu’elle vise à encapsuler dans ce simple mot un très grand nombre de courants d’idées, avec lesquels ma proximité est extrêmement variable. En France, cette appellation vise à peu près tout ce qui dépasse du champ étroit de la bien-pensance : par exemple, Hubert Védrine, qui s’écoute beaucoup parler mais devrait parfois s’entendre, qualifiait récemment Hillary Clinton de «faucon libéral». Il parlait de sa future politique étrangère. Nous en sommes là.

Dans ces conditions, la définition du libéralisme d’Hubert Védrine semble assez large. Vous allez le voir, la mienne l’est un peu moins.

Mon libéralisme est d’abord une conception de la démocratie : un système politique où les décisions collectives par nature, et elles seules, relèvent du fait majoritaire. Je me considère donc libéral parce que j’estime que les seules décisions qui doivent être déférées à la majorité sont celles qui sont non seulement strictement nécessaires à la poursuite des intérêts de la société, mais qui en outre répondent à un objectif rendant impérieuse la soumission de la minorité à la volonté générale. Dans tous les autres cas, c’est-à-dire à chaque fois que l’intérêt de la société n’est pas avéré et impérieux, il me semble que la liberté individuelle doit prévaloir.

En d’autres termes, je considère que la démocratie n’est jamais aussi juste, efficace et défendable que lorsqu’elle connaît ses propres limites : elle n’est qu’un moyen — le pire, à l’exception de tous les autres, comme disait Churchill — de préserver durablement les libertés individuelles. Car enfin, quelle serait la légitimité d’une démocratie piétinant les libertés avec la même rage qu’une dictature ? Pour un tel régime, la souveraineté du peuple ne serait rien d’autre qu’un maigre alibi.

Voilà pourquoi mon libéralisme est une conception qui refuse l’anarchie, où l’on s’imagine, au nom de la liberté, pouvoir vivre en société sans jamais décider ensemble, mais aussi l’égalitarisme, qui vise, au nom de la démocratie, à remplacer tout choix individuel par le fait majoritaire.

Entre ces deux extrêmes, chacun constituant pour l’autre un épouvantail permanent, il existe une voie aussi ténue qu’exigeante : celle de la modération.

 

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