La malédiction des modérés

Willem Butler, sur le rejet du plan Paulson :
L'opposition à la proposition est venue de deux sources différentes. Quelques libéraux et autres croyants en une libre entreprise sans opposition ont voté contre. Même quand ils reconnaissent le risque qu'un effondrement calamiteux de l'activité économique puisse intervenir, ils considèrent cela comme une forme de destruction créatrice qui est une partie intégrante de l'économie de marché darwinienne. (...) Ceux qui tiennent authentiquement ces vues sont fous, mais honnêtes et ont des principes. Je leur souhaite une bonne dépression.

(...)

Les fidèles suiveurs des états d'âme de l'électorat tiennent que la date de l'élection interviendra probablement avant que le plein impact de l'effondrement financier rendu probable par ce vote ne frappe les emplois et les entreprises de l'électorat. Ils placent leur ré-élection avant la santé économique du pays et les intérêts de leurs électeurs. L'opportunisme les guide, plutôt que les principes. Je leur souhaite une dépression plutôt méchante.
Autrement dit : les efforts des pragmatiques ont été anéantis par une coalition d'idéalistes et de cyniques. C'est la malédiction des modérés.
 

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France : "Le système financier français est l'un des plus sûrs du monde."

Pour mémoire (liste complète ici) :

List of trading losses - Wikipedia, the free encyclopedia

 

Degré zéro de la politique

AJOUTÉ LE 28/09/08 : Un partout, balle au centre.
 

Traduite ci-dessous, une blague reproduite en octobre 2007 sur le blog d'un journaliste du New York Times, Floyd Norris :

Les dix raisons pour lesquelles le Titanic était en réalité un instrument de titrisation :
  1. La perte n'était pas immédiatement apparente.
  2. Il s'est rapidement retrouvé sous l'eau, bien qu'on ait assuré qu'il était insubmersible.
  3. Seuls quelques riches s'en sont sortis à temps.
  4. La structure apparaissait blindée.
  5. Personne n'avait vraiment compris le risque.
  6. Le désastre a eu lieu dans la nuit, heure de Londres.
  7. Personne n'a passé de temps à évaluer le risque.
  8. Les gens ont passé beaucoup de temps à essayer de le sortir de l'eau.
  9. Les gens qui ont réellement fait de l'argent n'étaient pas dans le deal d'origine.
  10. Malgré la catastrophe, les gens ont continué à prendre d'autres bateaux.
Bien vu, non ?
 

Lu sur NetEco aujourd'hui :
Dans le cadre de l'étude du "paquet télécom", le Parlement européen s'est prononcé ce matin à une très large majorité en faveur d'un amendement qui compromet fortement le concept de riposte graduée tel que souhaite le voir voté le ministère de la Culture. Cet amendement, numéro 138, prévoit en effet qu'aucune restriction aux libertés et droits des consommateurs en matière d'information et d'expression ne puisse être prise sans l'intervention de la justice. Appliquée au domaine de l'Internet, cette proposition contrecarre l'idée même de suspension de l'abonnement à Internet d'un consommateur, l'un des piliers de la future loi "Création et Internet".
A noter que cet amendement a été co-déposé par un député PSE français, Guy Bono. Il y a tout lieu de se réjouir du coup porté à cette abominable loi (également appelée "loi Hadopi"). Comme quoi l'Europe libérale, ça a du bon, n'est-ce pas messieurs-dames ?
 

C'est pas la crise pour tout le monde

Pendant ce temps-là, de l'autre côté du monde...
 

Qu'est-ce qu'on dit ?

... ou pourquoi les Européens devraient y regarder de plus près avant de moquer la poussée soudaine d'interventionnisme du gouvernement fédéral américain.

(Cité aussi chez Econoclaste.)
 

En cercle fermé ?

Paul Krugman :
Le public, fondamentalement, veut sortir du système financier privé pour aller vers les bons du Trésor. Mais le système financier n'est pas en mesure de satisfaire cette demande, parce qu'il ne peut pas vendre les subprimes. Maintenant, sous le plan Paulson, le Trésor va acheter les subprimes, ce qui donnera au secteur financier les fonds pour libérer les débiteurs, qui utiliseront les fonds pour acheter les bons que les fédéraux devront émettre pour financer l'acquisition des subprimes.
A court terme, évidemment. A long terme, on est bien d'accord, c'est le contribuable qui trinque.
 

Why Blog?

Taggé par un ami alcidé fameux, je me trouve sommé de citer “six raisons pour lesquelles quelqu’un exerçant ma profession devrait absolument tenir un blog sous peine de faute professionnelle grave.”

A cet ami donc, j’avais promis de saisir cette occasion pour faire ma petite rentrée sur ce blog. C’est une promesse que je n’ai pas été mesure de tenir. En effet, l’exercice m’est apparu, au moment de m’y atteler, bien plus ardu que de prime abord. J’ai eu beau me creuser la tête, impossible de trouver six raisons. Ma profession, surtout en France, est hélas telle que tenir un blog constitue moins une obligation professionnelle qu’une source de questionnement et parfois de soucis. C’est en tout cas mon point de vue.

Devant cette impasse, j’ai décidé, pour me plier à l’appel de la banquise, de vous livrer six raisons pour lesquelles je ne peux pas, en toute honnêteté, m’exécuter.

Première raison, tout d’abord : ne pas tenir un blog ne peut juridiquement, en toute vraisemblance, constituer une “faute professionnelle grave” pour personne. Enfin, il me semble. Même si je peux comprendre le sens de cette légère exagération, je ne peux la cautionner. Ceci a beau ne pas être un blog juridique, je suis avocat.

Deuxième raison, ensuite : ça veut dire quoi, “tenir un blog” ? Le créer, puis le mettre à jour régulièrement, j’imagine. Régulièrement, c’est-à-dire ? Tous les jours ? Toutes les semaines ? Tous les mois ? Quand l’actualité de la profession le justifie ? Mais qui décide ? Et qui décide des sanctions ?

Troisième raison, de toute façon : si bloguer était une obligation professionnelle, “tenir” un blog ne suffirait pas : encore faudrait-il que le blog en question concerne l’activité professionnelle du blogueur !

Quatrième raison, d’ailleurs : difficile de vous expliquer qu’un avocat devrait absolument tenir un blog, sous peine de faute professionnelle grave, quand mon blog à moi ne traite que très rarement de sujets juridiques. J’ai beau être avocat, ceci n’est pas un blog juridique.

Cinquième raison, surtout : le droit au silence. Même s’il était avéré et incontournable que tenir un blog soit indispensable à mon activité professionnelle, d’où tirerait-on le droit de m’y contraindre ? La liberté d’expression, c’est aussi le droit de ne rien dire.

Sixième raison, enfin : six raisons, c’est vraiment beaucoup. Je veux dire, même en admettant que ne pas tenir un blog puisse constituer une faute professionnelle, une seule raison suffirait alors. En demander six, ce serait faire bien peu de cas de ses obligations professionnelles.

Si vous voulez lire d'autres réponses plus créatives et surtout plus positives, c'est ici que ça se passe.

Ah, mais j'oubliais presque : à mon tour de désigner six professionnels blogueurs (et non pas blogueurs professionnels) ! Eh bien ce seront Lomig, Criticus, Samuel, le Faucon, Aster, et Koz (parce que deux avocats ne peuvent pas être entièrement d'accord sur un sujet pareil).
 

Charles Wyplosz sur Telos :
Les évènements des derniers jours confirment que la crise actuelle est, de loin, la plus grave de toute l’histoire bancaire. Wall Street est décimée, et ce n’est pas terminé. D’autres fleurons de la finance internationale vont sans doute disparaître dans les jours ou les semaines qui viennent. Ce n’est ni surprenant, ni désolant, ni même particulièrement inquiétant.
Sauf pour ceux qui y travaillaient, bien sûr... Plus loin :
En fait, on pourrait presque se demander s’il n’aurait pas été préférable de ne pas avoir de réglementation du tout, comme au 19ème siècle, plutôt qu’une réglementation qui crée un fausse impression de sécurité et, d’une certaine manière, engage la responsabilité des gouvernements – et donc celle de leurs contribuables – qui ont mis en place de mauvaises règles. Bon, là, j’exagère, mais le message est important. Les adeptes de plus de réglementation doivent d’abord faire la preuve que le remède est meilleur que la maladie.
En ce sens, Barry Ritholtz (via Boing Boing) :
Les événements de l'année passée ne sont pas un simple accident, mais sont les résultats d'une décision volontaire et consciente de la SEC d'autoriser ces firmes à violer légalement des règles existantes en matière de capital net qui, ces 30 dernières années, avaient limité les ratios dette/capital net des brokers à 12 contre 1. Au lieu de cela, l'exemption de 2004 -- accordée à seulement cinq firmes -- les a autorisées à s'endetter à 30 et même 40 contre 1.

Qui étaient les cinq ayant reçu cette exemption spéciale ? Vous ne serez pas surpris d'apprendre que ce furent Goldman, Merrill, Lehman, Bear Stearns et Morgan Stanley.

Les liens sur les noms des cinq institutions en question sont l'œuvre de votre serviteur.
 

Via Vincent Benard, d'Objectif Liberté :

Richard Branson : "Un ministre français m’a réclamé un pot-de-vin d’un million d’euros" (Capital)

Je trouvais ça plutôt pas mal comme sujet, pour faire la rentrée du blog. Pas vous ?