Très peu de temps pour écrire en ce moment, hélas, mais tout de même :
Aussi étrange, surprenant et paradoxal que cela puisse paraître, l’annonce hier de la création d’une nouvelle taxe par le président est un épouvantable signe de l’impuissance publique, dotée d’un considérable magot public et pourtant incapable aujourd’hui de s’adapter seule à l’évolution du monde.
C'est à propos du RSA. Moi je l'aime bien, Aphatie.
 

"Laissez-moi préciser une chose"

"Laissez-moi préciser une chose, m'interrompt-il avec une gravité soudaine. Il ne faut pas laisser dire que c'est nous qui avons commencé cette guerre… Nous sommes début août. Mes ministres sont en vacances. Je suis moi-même, en Italie, en train de faire une cure d'amaigrissement et sur le point de partir pour Pékin. Or voilà que, dans la presse italienne, je lis : Préparatifs de guerre en Géorgie . Vous m'avez bien entendu : je suis là, tranquille, en Italie, et je lis que mon propre pays est en train de préparer une guerre ! Sentant que quelque chose ne tourne pas rond, je rentre dare-dare à Tbilissi. Et qu'est-ce que mes services de renseignement m'apprennent ?" Il fait la moue du type qui pose une colle et vous laisse une chance de trouver la bonne réponse… "Que ce sont les Russes qui, au moment même où ils abreuvent les agences de presse de ce baratin, sont en train de vider Shrinvali de ses habitants, de masser des troupes, des transports de troupes, des ravitailleurs de fioul en territoire géorgien et de faire passer, enfin, des colonnes de chars par le tunnel Roky, qui sépare les deux Osséties. Alors, supposez que vous êtes responsable d'un pays et que vous apprenez ça – vous faites quoi ?" Il se lève, va répondre à deux portables qui sonnent en même temps sur son bureau, revient, étire ses longues jambes… "Au cent cinquantième char positionné face à vos villes, vous êtes obligé d'admettre que la guerre a commencé et, malgré la disproportion des forces, vous n'avez plus le choix…" Avec l'accord de vos alliés, lui demandé-je ? En prévenant les membres de cette OTAN dont on vous a claqué la porte au nez ? "Le vrai problème, esquive-t-il, ce sont les enjeux de cette guerre. Poutine et Medvedev cherchaient un prétexte pour nous envahir. Pourquoi ?" Il fait le geste de compter sur ses doigts. "Primo, nous sommes une démocratie et nous incarnons donc, quant à la sortie du communisme, une alternative au poutinisme. Secundo, nous sommes le pays où passe le BTC, ce pipe-line qui relie Bakou à Ceyhan via Tbilissi; en sorte que, si nous tombons, si Moscou met à ma place un employé de Gazprom, vous serez, vous, les Européens, dépendants à 100 % des Russes pour votre approvisionnement en énergie. Et puis, tertio…" Il choisit une pêche dans la corbeille de fruits que son assistante – "ossète", précise-t-il – vient d'apporter. "Tertio, regardez la carte. La Russie est l'alliée de l'Iran. Nos voisins arméniens ne sont pas loin non plus des Iraniens. Imaginez que s'installe à Tbilissi un régime prorusse. Vous auriez un continuum géostratégique qui irait de Moscou à Téhéran et dont je doute qu'il fasse les affaires du monde libre. J'espère que l'OTAN comprend cela…"
Mikheil Saakashvili, au cours d'un entretien avec Bernard-Henri Lévy.
 

De toute évidence, la dépendance de l'Europe vis-à-vis de l'énergie Russe, particulièrement du gaz naturel, semble maintenant très dangereuse — plus dangereuse, sans doute, que sa dépendance vis-à-vis du pétrole du Moyen-Orient.
Paul Krugman dans le New York Times. À rapprocher de ce billet de Lolik, qui ne dit pas autre chose.
 

Je sors un instant de mon mutisme — j'ai beau ne pas encore être en vacances, j'ai du être contaminé par l'incroyable torpeur qui saisit Paris au mois d'août — pour partager rapidement ce petit graphe assez intéressant :

Bloggers Arrest Is On Rise

Parmi les pays ayant arrêté des blogueurs entre 2003 et 2007, les champions sont sans contestation possible l'Egypte et la Chine, avec respectivement 14 et 11 arrestations. Avec 7 arrestations sur la période, l'Iran est un peu à la traîne, mais devrait vite rattraper son retard.

Au rayon des surprises : la présence des Etats-Unis avec 4 arrestations ; mais aussi de la Grèce, du Canada, du Royaume-Uni et... de la France, avec une arrestation chacun. Plus d'infos ici.

Notre blogueur arrêté national, Christophe Grébert, est d'ailleurs toujours en procès.

Au fait, qui continue de suivre les blogs en août ?
 

Richard Posner :
Même si les dépenses militaires de la Chine sont bien plus réduites que celles des Etats-Unis, elle augmentent plus rapidement et pourraient à terme dépasser les nôtres ; et leur augmentation conduit le Japon à devenir une fois encore une puissance militaire mondiale majeure. Les dépenses militaires de la Russie augmentent également. Celles de l'Inde aussi. Et ce sont tous ces pays ayant des ennemis potentiels et prenant donc leur capacité de préparation militaire au sérieux (contrairement à l'Europe occidentale). De plus, la capacité des grands pays comme les Etats-Unis (et avant cela, notablement, la Grande Bretagne) à contraindre les petits a décliné. (...) Les nations occidentales, y compris les Etats-Unis, sont largement moins puissantes qu'elles ne l'étaient il y a un demi-siècle. Les Etats-Unis, malgré un budget militaire à peu près égal à celui de toutes les autres nations combinées, ont les deux mains prises à essayer de contrôler deux pays militairement de troisième rang, l'Irak et l'Afghanistan, et sont incapables d'empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire.

D'un point de vue politique plutôt qu'économique, les Etats-Unis sont aujourd'hui dans une position comparable à celle de l'Empire romain au quatrième siècle, ou de l'Empire britannique dans les années 30 : un "empire" dominant le monde (au sens non pas d'avoir des colonies, mais d'avoir la plus grande influence sur les autres pays), mais, en tant qu'empire, sur le déclin.
Ce passage est issu d'un billet prenant le contre-pied de celui de Gary Becker sur le thème "L'Amérique est-elle sur le déclin ?". La lecture de ces deux textes est vivement recommandée.
 

Alexandre Soljenitsyne, l'un des plus brillants hérauts de l'opposition au communisme soviétique, est décédé ; il emporte avec lui sa part d'ombre.

Cathy Young, en 2004 dans Reason :
Mais si le rôle de l'écrivain dans l'histoire de l'ère soviétique mérite incontestablement le respect, cela n'oblige pas à être aveugle à ses errements.

L'anti-communisme de Soljenitsyne, c'est de plus en plus clair, n'a jamais été une défense de la liberté individuelle. C'était une défense d'une espèce différente de collectivisme : ethnique, religieux et traditionnaliste. C'est loin d'être la première fois qu'une telle disposition d'esprit — anti-laïque, anti-moderne, anti-individualiste — se trouve liée à des préjugés contre ceux qui ne s'insèrent pas dans la collectivité.
L'hommage efface-t-il les vices, ou ces derniers interdisent-ils plutôt que le premier soit rendu ? Peut-on célébrer l'œuvre et le courage sans évoquer la haine et les profondeurs ? Comment tresser les lauriers sans taire les contradictions ?

Autant de questions qui restent, pour moi, sans réponse.