Guy Sorman :
On comprend pourquoi les biologistes quittent notre pays : que ferait Louis Pasteur de nos jours ?
Pas grand chose à mon avis.
 

L'antisémitisme contemporain

Siné, encore et toujours. La polémique ne s'éteint pas : Rioufol et Joffrin, dont l'inhabituelle proximité sur ce sujet me rassure, en remettent une couche chacun. Ils ont bien raison.

Aussi, Authueil a publié aujourd'hui un billet en dessous duquel j'ai beaucoup commenté, pas toujours sereinement d'ailleurs — ce qui reflète, un peu maladroitement j'en conviens, combien je suis en désaccord avec lui sur le sujet. Heureusement, Hugues est autrement plus habile que moi.

Je ne suis pas d'accord pour dire que les mots de Siné sont anodins : j'y vois au contraire tous les éléments du vieil antisémitisme français, celui qui se retrouve hélas autant chez une certaine gauche que chez une certaine droite. Ecrire que le propos n'est tout simplement peut-être "pas forcément agréable pour la communité juive", je trouve cela absolument inacceptable. Notez le glissement : il ne s'agit plus d'antisémitisme, mais de blesser ou non la "communauté juive". Rien d'objectif là-dedans, simplement une histoire de victimologie. De là à écrire que Siné n'a fait que réveiller un puissant lobby, il n'y a qu'un pas.

Ce pas est pratiquement franchi par Authueil dans son second paragraphe, lorsqu'il écrit :
Enfin, cela a permis à ceux (BHL entre autres) qui se posent en grands champions de la lutte contre l'antisémitisme (réel et surtout imaginaire), d'ajouter une tribune de presse à leur compteur et de marquer ainsi leur territoire symbolique (eux seuls sont légitimes à s'exprimer contre l'antisémitisme).
Je passe ensuite sur la dénonciation de l'intelligentsia de Saint Germain, qui décolle difficilement du niveau des pâquerettes. La conclusion est bien plus savoureuse :
Pas la peine donc de creuser et d'analyser, cela n'a aucun intérêt !
La messe est dite. Circulez, y'a rien à voir.

Laurent Joffrin retrouve bien une ancienne citation de Siné, mais j'imagine qu'elle sera encore plus facilement écartée que la première.
Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs. Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est propalestinien. Qu’ils meurent.
La parade est toute trouvée : c'est de la provocation ! Une allusion antisémite, ça n'est pas assez ; une attaque frontale, c'est de la provocation. Hugues a raison d'écrire :

« Mais, rétorquerai-je alors, quand avez-vous admis, pour la dernière fois, qu’il existait de l’antisémitisme réel ? Je veux dire, depuis la fermeture des camps de concentration ? Et d’ailleurs, puisque toutes les dénonciations de l’antisémitisme sont désormais perçues comme de la stratégie ou de la paranoïa, quelle est votre définition de l’antisémitisme contemporain ? »

Ma définition de l'antisémitisme contemporain, c'est un retour à l'antisémitisme de Paul de Tarse, adapté pour les besoins de la cause aux pseudo-universalismes contemporains. C'est dire que le nom Juif n'existe pas.

Il existe une "communauté juive" — d'ailleurs un peu trop bruyante et facilement outragée — ; il existe aussi une entité, Israël, fiction juridique au service d'une vaste entreprise de colonisation et de persécution ; il existe une religion juive — dans le meilleur des cas interchangeable avec toutes les autres dans le grand combat pour la laïcité, et dans le pire, la première à abattre car matrice des deux autres. Mais pas de peuple juif. Pas de Juif.

Et donc pas d'antisémitisme. Des maladresses, des provocations, des idées qui dérangent... mais pas d'antisémitisme.

Alors je sais bien qu'Authueil n'est pas antisémite. Je ne lui fais pas l'affront d'imaginer une seconde qu'il puisse l'être — qu'on ne me fasse pas celui de croire que je l'en accuse. Même si je ne saurais trop marquer mon désaccord à la lecture de son texte, ce n'est pas tel ou tel auteur que je vise dans ce billet, mais bien plutôt une certaine disposition d'esprit qui s'installe peu à peu dans la société française. La vigilance est devenue paranoïa ; la rectitude morale intolérance. Tout cela me rappelle les mots suivants :
Je me souviens de la fois où j'ai été kidnappé et qu'on a envoyé un morceau de mon doigt à mon père. Il a dit qu'il voulait plus de preuves.
— Rodney Dangerfield, comique américain né Jacob Cohen en 1921 et décédé en 2004.
 

Lettre d'intention LHC

Avec pas mal de retard, je viens de publier ma lettre d'intention sur le blog du Réseau LHC, dont j'ai rejoint le comité directeur il y a une quinzaine de jours. J'en reproduis ici la teneur :
Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire avec d'autres ? — Emmanuel Kant.

Voilà, résumée en une phrase, la raison pour laquelle j'ai désiré adhérer au Réseau LHC, le réseau des blogs libres, humanistes et critiques.

La liberté vient naturellement à l'esprit en premier. Liberté d'expression d'abord, parce que les vrais débats n'ont lieu qu'entre contradicteurs libres et égaux. Limiter la liberté d'expression, instituer le délit d'opinion, c'est toujours empêcher la nécessaire respiration intellectuelle de la société. Au moins parce qu'on ne peut combattre que ce que l'on est en droit d'énoncer clairement.

Humanisme ensuite, parce que c'est l'ultime et véritable justification de la liberté individuelle. Sans humanisme, c'est-à-dire sans placer l'individu au cœur de son projet, toute société, toute collectivité confine à la tyrannie, en ce qu'elle s'éloigne nécessairement du but dans lequel elle a été fondée et au service duquel elle continue d'exister. Ainsi, toute réflexion qui perd de vue le prérequis humaniste renie le substrat même où elle puise le droit d'être exprimée.

Esprit critique enfin, parce qu'il est la condition sine qua non de l'exercice responsable de la liberté d'expression, et le garant en dernier recours de la liberté individuelle. L'esprit critique fonde le refus de tous les préjugés et, partant, l'analyse attentive, rationnelle de toute information, opinion ou idée. Mais il doit être distingué d'une certaine forme de scepticisme absolu, posture facile que la paresse intellectuelle substitue parfois à l'esprit méthodique.

Parce que je tiens le respect conjoint de ces trois valeurs fondamentales pour le meilleur moyen, comme l'écrit Kant, de "penser avec d'autres", je suis membre du Réseau LHC.
 

La véritable force des idéologies ?

Tyler Cowen :
Par moments, la véritable force derrière une idéologie politique est le désir subconscient selon lequel un certain groupe de personnes ne devrait pas être autorisé à progresser en terme de statut relatif. (...) Certaines personnes de droite n'aiment pas ceux qui sont perçus comme des "pleurnichards". Elles ne veulent pas que le statut de ces pleurnichards augmente relativement. (...) Certaines personnes [de gauche] ne veulent pas que le statut relatif de la classe argentée augmente, certainement pas au-delà du statut des intelligents et des vertueux. (...)
Via Overcoming Bias.
 

Publier, c'est choisir

Publier, c’est choisir. Choisir de ne rien dire après avoir publié Siné, c’est choisir l’antisémitisme. On n’attend pas d’un journal qu’il soit le simple réceptacle des éructations plus ou moins bienvenues de tel ou tel folliculaire. On attend de lui qu’il respecte ses valeurs et ses lecteurs.
Je suis assez peu souvent d'accord avec ce qu'écrit Laurent Joffrin pour me fendre d'une citation quand ça arrive ! Le reste de l'article est ici. Elémentaire, certes, mais ce qui va sans dire va toujours mieux en le disant.

C'est la spécificité de l'antisémitisme de gauche que de se draper dans une pseudo-tolérance ultra-égalitariste et superficielle pour en réalité confiner à la haine de la différence, jusqu'à la névrose. Et ce sont toujours les mêmes qui sont visés.

P.S. : ça discute aussi à ce sujet chez Polluxe, qui n'est pas de mon avis.
P.P.S. : Rioufol aussi est d'accord avec Joffrin — et ça, c'est encore plus rare.
 

Mes collègues de LHC sont particulièrement inspirés aujourd'hui ! J'ai lu avec plaisir et intérêt :
 

La cassette audio n'est pas morte !

Elle est même vraisemblablement promise à un avenir radieux, du moins pour Bob Paris, un ingénieux entrepreneur californien. Sa société, Pack Central, réalise en effet un chiffre d'affaires annuel proche du million de dollars en vendant des albums de musique par correspondance, dont 60% environ sur cassettes audio. Parmi les artistes les plus prisés, on trouve Al Green, Michael Jackson, Pink Floyd ou encore les Stylistics. Mais à qui peut-on encore vendre de la musique sur un support aussi archaïque, alors que même les CD passent pour des antiquités à l'heure des iPods et autres balladeurs numériques ? Un petit indice : les clients de Bob Paris n'ont, pour la plupart, pas les moyens ni même la possibilité de posséder un iPod ; en outre, l'utilisation de CD leur est interdite pour raisons de sécurité... Vous l'avez compris, c'est en prison que la société Pack Central livre ses cassettes. Une marché non négligeable : aux Etats-Unis, on décompte au total environ 2,3 millions de détenus. Seul petit problème : Bob Paris doit retirer manuellement les vis de chaque cassette avant de pouvoir l'envoyer au client. Source : Reuters. Lire aussi sur Freakonomics et Boing Boing.
 

Apparemment pas :
Avant de subir une opération chirurgicale importante ne souhaiteriez-vous pas obtenir une seconde expertise ? Quand une nation doit prendre une décision importante qui engage l'avenir de son économie, ou peut-être le sort de l'écologie, elle devrait faire de même. Dans ces circonstances, il est une tradition honorée en tout temps qui consiste à mettre en place une « équipe B » qui va examiner les mêmes données mais qui peut arriver à une conclusion différente. Le « Nongovernmental International Panel on Climate Change « (NIPCC) a été instauré pour examiner les mêmes données climatiques que celles utilisées par l'IPCC (GIEC en Français) sponsorisé par l'ONU.
Le passage ci-dessus est issu de la préface de la traduction française du rapport du NIPCC (Nongovernmental International Panel on Climate Change), que mon collègue de LHC Vincent Bénard met aujourd'hui en lien sur son blog, Objectif Liberté. La suite :
En ce qui concerne la conclusion la plus importante, l'affirmation par l'IPCC que « l'essentiel de l'accroissement observé de la température depuis la seconde moitié du XXème siècle est très probablement (défini par l'IPCC comme certain de 90 à 99%) dû à l'augmentation observée de la concentration des gaz à effets de serre » (italiques dans l'original), le NIPCC parvient à la conclusion diamétralement opposée – c'est-à-dire que ce sont les causes naturelles qui sont très probablement la cause dominante. Notez que nous n'affirmons pas que les gaz à effets de serre ne puissent produire aucun réchauffement. Notre conclusion est que les observations montrent qu'ils ne jouent pas un rôle significatif.
Lecture vivement conseillée pour sortir de l'ornière de ce qui ne constitue à mon sens rien d'autre qu'un millénarisme des temps modernes, ou au moins par ouverture d'esprit.
 

Et la France est bien partie pour conserver longtemps deux traits qui la distinguent défavorablement parmi les démocraties modernes : une deuxième chambre structurellement acquise à un camp, et des députés qui sont, majoritairement, des élus locaux plutôt que des représentants du peuple.
Ceteris Paribus.
 

Je vous soumets ce très court "quizz" financier, imaginé par Annamaria Lusardi, professeur d'économie à Dartmouth, et que j'ai trouvé dans un billet publié aujourd'hui sur Freakonomics. Si vous avez le temps et que le jeu vous intéresse, je vous propose d'y répondre en commentaires. Allons-y : 1. Supposons que vous ayez 100 € sur un compte épargne et que le taux d'intérêt soit de 2% par an. Après cinq ans, quelle somme pensez-vous trouver sur ce compte si vous n'avez jamais touché à cet argent ? a. Plus de 102 € b. Précisément 102 € c. Moins de 102 € d. Je ne sais pas 2. Imaginons que le taux d'intérêt sur votre compte épargne soit de 1% par an et que l'inflation soit de 2% par an. Après un an, pourriez-vous acheter plus, exactement autant, ou moins qu'aujourd'hui avec l'argent sur ce compte ? a. Plus qu'aujourd'hui b. Précisément autant qu'aujourd'hui c. Moins qu'aujourd'hui d. Je ne sais pas 3. Pensez-vous que la phrase suivante est vraie ou fausse ? "Acheter des actions d'une seule entreprise fournit généralement un rendement plus sûr qu'un fonds commun de placement." a. Vraie b. Fausse
 

Je vois que dans les 18 sorte de discrimination il n'y a pas le look, ou les gout differants. (sic) Ce faire frapper en se faisant insulté de sataniste ca fait pas du bien & ca devrait être une discrimination. Mais bon, c'est la lois, on peux pas la changer (sic)
C'est le genre de commentaires qu'engendre le Skyblog de la HALDE. La réponse apportée à cet éclair de génie vaut également le détour. L'avocat en moi s'est un peu éteint, à l'intérieur.
 

Bien sûr, le régionalisme l'emporte souvent sur la mondialisation, mais à qui revient-il de définir les frontières de la "région" ?

Les solidarités coalitionnelles sont malléables. Mes arrières-grands-parents se considéraient comme napolitains, et s'ils étaient restés en Italie, ils en seraient venus à se voir comme italiens. Leurs arrières-arrières-petits-enfants auraient fort bien pu se définir comme européens. Les minorités chrétiennes en Birmanie du nord ne s'identifient pas volontiers à un quelconque Etat-nation, mais elles s'identifient à un réseau religieux global. L'hypothétique électeur de l'Ohio ne ressent aujourd'hui probablement aucun lien avec la classe moyenne indienne, et il ne va pas voter différemment parce que Goldman Sachs dit que le niveau de vie augmente en Chine. Mais il n'y a là rien de nécessaire ni de définitif.
Kerry Howley sur le blog de Reason.
 

Par manque de temps

Pas trop le temps d'écrire ces jours-ci. Et pourtant, plein de sujets à explorer.

Rapidement, je partage quand même ça. Vous en pensez quoi ?
 

La HALDE, créature administrative aux contours mal définis, a annoncé hier s'être dotée — tenez-vous bien — d'un "blog anti-discrimination". Qu'aucun des onze membres de cet auguste gadget aréopage, probablement très occupés vu leurs CV respectifs, n'ait (apparemment) senti le ridicule du qualificatif, passe encore.

Mais ça n'est pas tout, hélas. Le blog en question — tenez-vous encore mieux — est hébergé par... Skyrock.

Oui oui, vous avez bien lu. La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, autorité administrative indépendante, composée, on l'a dit plus haut, de onze membres nommés par tout ce que la France compte de têtes bien faites, conseillée par son comité consultatif fourni séparément, la HALDE donc, a ouvert un Skyblog.

C'est Skyrock qui va être content ; ça risque de faire un max de traffic, ça, la HALDE. Versac a bien fait d'arrêter, il aurait été bouffé tout cru.

L'état de choc dans lequel je me trouvai à la lecture de cette information, redoublé par l'effort de rédaction de ce billet, m'interdit de vous fournir un lien. Ne m'en voulez pas.

Ah, j'oubliais : faites attention, c'est un blog "pour les jeunes". Il faudra d'ailleurs que la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité nous explique comment elle définit ça, un "jeune". J'ai 28 ans. Je compte comme "jeune", moi ? Où est-ce qu'on tire un trait entre les "jeunes" et les "pas jeunes" ? Comment on discrimine distingue entre les deux ?

Ne vous vexez pas, les "vieux" : la semaine prochaine, le Conseil constitutionnel ouvre sa page sur MySpace !
 

Monique Dagnaud, directeur de recherches au CNRS, publie un papier intitulé Desperate French TV sur Telos. Difficile d'isoler un passage en particulier dans cet excellent texte, alors en voci la conclusion :
De fait, au lieu de renverser le modèle audiovisuel français, au lieu de le tirer par le haut, toutes les décisions en cours vont en renforcer les tropismes. Etatisme, malthusianisme financier et, aux fins de garantir un volume de production, tour de vis au carcan réglementaire : voici les réjouissantes perspectives ouvertes par cinq mois de débats sur l’avenir de l’audiovisuel.

Morale de l’histoire : les séries américaines ont de beaux jours devant elles à la télévision française. Faut-il brûler le modèle audiovisuel français ? Hollywood vote non.

A lire attentivement, absolument, entièrement et de toute urgence.
 

Difficile de concilier ça :
« C'était une cérémonie à but privé, pas à but médiatique » D'ailleurs, ni l'humoriste Dieudonné, ni le prêtre de permanence hier à l'église Saint-Eloi de Bordeaux (Gironde), ni Jean-Marie Le Pen ne confirment. Selon nos informations, corroborées par celles de l'abbé Guillaume de Tanoüarn (1), le plus jeune des quatre enfants de Dieudonné, une petite fille, a été baptisé vendredi, en toute discrétion, par l'abbé Philippe Laguérie, issu de cette mouvance traditionaliste, en présence de Jean-Marie Le Pen. Le président du FN serait le parrain de l'enfant. Tout comme il l'a été du fils de son ancien numéro 2, Bruno Mégret.
Et ça.
 

Sur la croissance européenne

Nicholas Crafts, sur VoxEU.org :
Les critiques américaines classiques sur les économies européennes soulignent qu'il y a trop de fiscalité, trop de régulation, et trop peu de concurrence. Tous ces points étaient au moins également valables de la seconde partie des années 70 à la première partie des années 90, quand l'Europe continuait à croître plus vite que les Etats-Unis. Le point, dès lors, n'est pas que la régulation économique est devenue plus stricte ou que la concurrence s'est affaiblie dans le passé proche, mais plutôt que les politiques en place sont devenues plus dommageables au fur et à mesure que le rattrapage était (pratiquement) réalisé et que l'ère des technologies de l'information et de la communication est arrivée.
via Mark Thoma.
 

Pascal Salin, ce matin dans les Echos :
La solution est simple : il faut supprimer toutes les niches fiscales, sans exception, mais en diminuant simultanément le poids de l'impôt, en particulier par la diminution ou la suppression de la progressivité de l'impôt sur le revenu. Telle fut d'ailleurs la politique suivie avec succès par l'administration Reagan et adoptée dans d'autres pays. Mais en France, on parle de supprimer ou de limiter les niches fiscales sans contrepartie du côté de l'allègement des impôts. Le langage utilisé est significatif : on dit que les niches fiscales « coûtent à l'Etat 73 milliards », comme si ces sommes appartenaient par nature à l'Etat et que celui-ci les donnait généreusement aux citoyens. Mais elles appartiennent à leurs propriétaires légitimes et il se trouve seulement que l'Etat renonce à les accaparer. Au demeurant, une partie de cette somme existe précisément parce que les activités correspondantes bénéficient de niches fiscales. En les supprimant sans alléger l'ensemble de la fiscalité, l'Etat ne récupérerait pas 73 milliards, mais probablement beaucoup moins.
C'est la conclusion. Le reste de l'article est tout aussi intéressant.
 

Regardez ces deux images :

Les deux photos émanent de la propagande iranienne, et montrent les récents tests de missiles de la république islamique. La première, en haut, a été publiée hier, mercredi, par l'AFP, qui l'a récupérée sur un site web iranien d'Etat. La seconde, en bas, a été mise en circulation aujourd'hui, jeudi, par l'Associated Press.

Comme le démontrent aisément Mike Nizza et Patrick Witty sur le blog The Lede (hébergé par le New York Times), la seconde est un montage destiné à masquer le fait que l'un des quatre missiles n'est jamais parti de son lanceur.

Le hic, c'est qu'entre la publication de la première (fausse) photo et celle de la seconde (vraie), la première a été reprise en masse par la presse internationale.

Vous avez dit "maljournalisme" ?

(Hat tip: Thomas Hawk)

 

Jules vient de publier un intéressant billet sur le rôle et les risques d'un excès de compassion en économie et en politique. Il illustre son propos par des références à l'aide aux pays en développement, aux associations d'aide contre la pauvreté, à la politique pénale, aux manifestations contre le passage de la flamme olympique à Paris, et même à la mobilisation pour la libération d'Ingrid Bétancourt.

L'analyse est aussi fine que pertinente. Il me semble en effet que dans nos sociétés démocratiques, et plus spécialement en France, la compassion — ou plutôt les signes de compassion — se substitue progressivement mais dangereusement à l'action politique, à la fois comme posture préférentielle et comme méthode de gouvernement.

La préférence de la compassion par rapport à l'action se nourrit, je crois, de deux facteurs complémentaires. Jules soulève justement le premier, d'ordre finalement assez narcissique. Mais il en existe un second, qui boucle la boucle : l'aversion pour l'action, sœur jumelle de la peur du changement, qui se trouve parfaitement illustrée par le principe de précaution par exemple.

On préfère donc la subvention à la dérégulation, des deux côtés de la table des négociations. L'Etat parce que, comme le note Alexandre Delaigue (cité par Jules), cela lui permet de montrer qu'il n'est pas sourd aux revendications des pêcheurs, agriculteurs, taxis, etc. ; et ces derniers parce que ce système leur permet de préserver leur rente de situation tout en l'améliorant.
 
C'est dans cette forme de narcissisme ultra-conservateur que réside la véritable menace, qui confine au malthusianisme politique.
 

Eric Dupin dans Presse-Citron :

Même s’il existe de belles histoires d’entrepreneurs partout dans le monde, l’ascension fulgurante du concept inventé au fond d’un garage reste quand même une spécialité complètement américaine, qui est à la culture US ce que le camembert ou les grèves dans la fonction publique sont à la culture française.

Chacun sa spécialité en effet. Nous, on fait ce qu'on peut...
 

C'est l'été, il va commencer à faire franchement trop chaud pour réfléchir, tout le monde va partir en vacances, les pays développés s'enfoncent dans la récession, et en plus la libération d'Ingrid Bétancourt est derrière nous. Bref, je me demandais sincèrement quels cheveux j'allais avoir à couper en quatre, jusqu'à que surgisse un vrai, un beau, un grand débat comme on les aime en France.

Un débat ? Mais à quel sujet ? La crise alimentaire internationale ? Le cours du brut ? Les subprimes venus de l'enfer ? La révoltante politique migratoire du gouvernement ? Les tentatives de muselage de l'Internet français ? Rien de tout ça ? Un micro-sujet alors ? Les taxis ? L'audiovisuel public ? Bon, bon... Même l'anorexie, je prends ! Je suis même prêt à remettre le couvert sur la guerre en Irak, ou à vous servir une analyse vaseuse de la stratégie de Barack Obama. Même un petit fait divers à se mettre sous la dent ?

Rien de tout ça en fait. Le sujet qui enflamme les sachants du web français, c'est, tenez-vous bien : journaliste versus blogueur. Vous me direz, ça fait un moment que ça couve. Manquait plus que la goutte d'eau.On est peu de chose. Ceci dit, je dois concéder aux uns et aux autres un réel talent de dissertation. Même sur un sujet aussi creux, j'ai lu des choses très intéressantes. En plus, je m'apprête moi-même à gloser sur le sujet, pour réaliser l'exploit d'écrire des platitudes même pas consensuelles. C'est vous dire. Je comprends mieux pourquoi j'ai du mal à dépasser les 100 visiteurs par jour les bras levés sur une échelle.

Bon, bon. J'y viens. D'abord je ne pense pas qu'il faille chercher à définir la profession de journaliste de façon abstraite, et encore moins par la loi. D'ailleurs, ceux qui pensent que c'est déjà le cas ont tort. Enfin, c'est ce qu'on m'a appris en DEA.A ce titre, je suis étonné de voir que selon la plupart des définitions qui sont données de cette noble profession, on ne peut considérer comme journaliste que deux types de métiers : soit, tout en haut de l'échelle, le grand reporter, soit, tout en bas, le journaliste de "desk". Tout ce qu'il y a au milieu, ça rentre plus difficilement dans les cases. Normal, c'est le principe de vouloir faire des cases.

Les blogueurs maintenant. Un blog, ça n'est rien d'autre qu'un système de publication de contenus. Après, ce que vous mettez dedans, c'est votre affaire. Quels blogueurs oppose-t-on aux journalistes, alors ? Certainement pas ceux qui racontent leur week-end, ni même ceux qui théorisent sur des sujets théoriques. Tiens donc, encore une fois, c'est en plein milieu du spectre, dans le gris, que les choses se compliquent.

Quand le commentateur normalement constitué parle des "blogueurs", ce sont les blogueurs politiques qu'il désigne. Les blogueurs politiques, ce sont ceux qui parlent de politique. C'est clair ou pas ? Pas vraiment en fait. Je suis un blogueur politique, moi ? Pas sûr. Enfin, passons. Ce sont eux qu'il faudrait bien distinguer des journalistes. Cette distinction n'a aucun sens, ni aucun intérêt. Elle ne peut avoir que deux issues :

  • Soit on compare aux blogueurs les journalistes politiques — ceux qui font des papiers d'opinion. Il s'agirait alors de distinguer entre deux opinions simplement parce que l'une est émise à titre d'occupation principale, et l'autre pas ? Ou parce que l'une est publiée sur papier (et encore, pas toujours) vendu à quelques milliers (petits, chez nous) d'exemplaires, et l'autre pas ? C'est complètement débile.
  • Soit on cherche à distinguer les journalistes, tous les journalistes, des blogueurs politiques, et on nous sert la soupe des droits et des devoirs des journalistes : éthique, objectivité, protection des sources, droit à l'information pour le public... Mais alors, se demande-t-on, les blogueurs respectent-ils ces règles fondamentales ? Y sont-ils même soumis ? Devraient-ils l'être ?

Rien de tout cela n'a de sens sans la liberté d'expression. Et cette liberté d'expression, que je sache, est assurée à tout le monde. Quelles conséquences voudriez-vous tirer de cette distinction artificielle ?

 

... je la prendrais entre quatre yeux pour lui dire d'arrêter son cirque. Le P.S. est déjà assez décrédibilisé comme ça.

(Hat tip : Embruns)
 

Il existe un problème de plus long terme : les décennies de sécurité alimentaire accrue ont conduit à des coupes budgétaires pour la recherche agricole destinée à renforcer les rendements, d'origine tant publique que privée. Depuis 1980, les pays donateurs riches ont réduit leur soutien à la recherche et au développement agricoles en faveur des pays pauvres de 6 milliards de dollars à 2,8 milliards.
C'est signé Ronald Bailey, et c'est sur Reason : The World Food Crisis and Political Malthusianism. A lire absolument, surtout par ceux qui pensent que la solution réside dans l'abandon de la dette ou, pire, l'augmentation des aides.
 

Roman Bernard dans Criticus :
Ce n'était certes pas le problème des syndicalistes, dont le solipsisme les fait se moquer de l'avenir de la France alors qu'ils sont incapables de penser hors du cadre hexagonal. Solipsisme propre à la majeure partie de la gauche d'ailleurs.
Narvic dans Novövision :
Il n’y a pas, et il n’y a jamais eu dans ce pays, aucune Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) de journaliste. Cette activité est libre. Est journaliste celui qui souhaite l’être. Et personne ne dispose d’aucune autorité pour lui contester cette appellation.
Jean-Michel Aphatie sur son blog :
Jamais les Jeux olympiques n’auraient dû être confiés à une dictature. Jamais Bachar Al Assad n’aurait dû participer aux festivités du 14 juillet. Que cela se produise dit bien l’état de confusion dans laquelle se trouvent, hélas trop souvent, ceux qui nous dirigent ou nous représentent.
 

Révolution culturelle ?

A l'occasion des Jeux olympiques, et pour la première fois depuis près de dix ans, la Chine émet un billet de banque sur lequel n'apparaît pas le visage de Mao :

(Hat tip: Marginal Revolution)
 

Le comité de soutien à Ingrid Betancourt, le chanteur Renaud en tête, avait toujours prôné la négociation avec les terroristes, en faisant passer le président Alvaro Uribe pour le responsable du sort des otages. Cette stratégie a été spectaculairement démentie. Néanmoins elle fait du soldat Shalit une cause indéfendable pour les professionnels de l’indignation.
J'espère qu'Ivan Rioufol a tort. Il faut hélas craindre qu'il ait vu juste : l'actualité nous confirme chaque jour combien il est difficile de renverser le couple bourreau-victime.
 

L'excellent VoxEU.org publie aujourd'hui un recueil d'articles sur la crise dite du "subprime". Les textes sont regroupés en trois sections :
  1. Pourquoi la crise a-t-elle eu lieu ?
  2. Comment la crise se déroule-t-elle ?
  3. Que peut-on faire ?
 

J'étais en train de porter la dernière touche à un billet qui me tenait vraiment, vraiment à cœur. En plus de la rédaction, j'avais du traduire plusieurs paragraphes de textes de l'anglais vers le français.

Au moment de cliquer sur "Publier", la flèche se transforme en sablier. "Internet Explorer ne répond pas" (obligé d'utiliser IE7 au boulot). J'ai tout perdu. Saloperie.

Là tout de suite, j'ai trop la haine pour reprendre la rédaction du billet. Alors voici juste un lien vers l'info qui m'a inspiré.
 

Productivité 2.0

Et les Génération Y que j'interroge ayant été en entreprise depuis un an environ, presque sans exception, font remarquer combien ils trouvent les habitudes d'entreprise actuelles inefficaces. Pourquoi les gens attendent-ils, pour partager des idées ou se consulter, de se rassembler physiquement, alors qu'il est maintenant possible d'utiliser des outils de réseau social pour se consulter rapidement — et de façon asynchrone ? Pourquoi passons-nous tant de notre temps synchrone commun à simplement s'informer mutuellement sur nos activités, tandis que n'importe quel jeune de 20 ans sur Faceboook peut vous dire combien c'est plus facile et plus rapide de le faire avec des outils du Web 2.0 ?
La suite ici. (Hat tip: Steve Rubel.)
 

Jean-Michel Aphatie :
Quelques éléments commencent à filtrer concernant la libération d’Ingrid Betancourt. L’administration américaine a fait savoir, dès hier, qu’elle avait assisté l’armée colombienne dans la préparation et l’organisation de l’opération de récupération des otages. Invité de RTL, ce matin, à 7h50, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, a pris une distance prudente avec cette présentation des faits. Y aurait-il côté français, un peu d’amertume à se sentir ainsi pratiquement doublé par les Américains? Ce matin, enfin, une radio israélienne assure que des conseillers militaires israéliens ont « participé aux préparatifs » du commando colombien. La formule suggère qu’ils n’ont pas été directement mené à l’action mais pour l’instant, le flou demeure sur leur rôle. Là encore, l’information révèle la distance qui s’est creusé, tout au long des mois entre le pouvoir colombien et la diplomatie française. Celle ci poussait à la négociation quand celui ci préparait l’action. Bernard Kouchner l’a d’ailleurs reconnu, ce matin: la libération d’Ingrid Betancourt représente une victoire politique pour le président Uribe.
Comme nous étions quelques-uns à le pressentir, il semble de plus en plus évident que la diplomatie française n'a joué aucun rôle dans la libération d'Ingrid Bétancourt. Pour une fois, Ségolène Royal a raison. Ca doit la changer.
 

We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness.
C'était il y a 232 ans, jour pour jour.
 

Paris sous l'Occupation

Presque par hasard, je suis tombé sur cet article magistral de Laurent Gloaguen : Paris sous l'Occupation. C'est d'un détail et d'une intelligence rares ; et en plus c'est parfaitement écrit, tout en laissant leur part à de saisissants témoignages. Quel travail ! Cette lecture terminée, penchez-vous là-dessus : La société de défiance, par Yann Algan et Pierre Cahuc. L'un et l'autre de ces deux textes expliquent assez bien, ensemble, les origines de la panade dans laquelle nous sommes.
 

On peut dire qu'il a le sens de la formule :
L’erreur des Farc fut sans doute là : d’avoir croisé un jour le chemin d’une femme plus forte qu’eux.
 

En regardant hier soir le flash spécial de TF1 sur la libération d'Ingrid Bétancourt, je m'étais juré de ne pas écrire de billet sur le sujet ; je me serais senti coupable de céder au meme.

Mais je me suis dit que finalement il n'y avait pas de raison de s'autocensurer.

Alors évidemment, la libération d'un femme prisonnière de la guerilla marxiste depuis plus de six ans, c'est une bonne nouvelle pour toute personne normalement constituée. Là-dessus, rien à dire. Mais en regardant, donc, ce fameux flash spécial, je me suis dit que même sur un sujet aussi consensuel, quelque chose ne tournait pas rond dans notre belle France.

Tout d'abord, sur la forme, j'ai trouvé la communication de l'Elysée (et de TF1) assez brouillonne. D'abord on refuse de confirmer ; ensuite on annonce une allocution pour 22h30 ; puis 23 heures, et a priori sous la forme d'un message enregistré ; finalement, une conférence de presse en direct où l'émotion le dispute hélas à l'amateurisme (Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner discutant entre eux pendant la prise de parole de la fille d'Ingrid Bétancourt). Et pendant que PPDA expliquait avoir "peu d'informations" sur les conditions de cette libération, on pouvait voir en fond les images de la télévision colombienne, où l'armée expliquait les détails de l'opération.

Mais c'est surtout sur le fond que j'ai été surpris. Surpris d'entendre chaque intervenant ou presque se féliciter de la victoire de la mobilisation internationale et des comités de soutien, alors que comme le souligne fort justement Toréador, la libération d'Ingrid Bétancourt est inconstestablement une réussite pour l'armée et les renseignements colombiens.

La mobilisation internationale a certes pu contribuer indirectement cette issue heureuse, en maintenant les gouvernements sous pression. Et après tant d'années de lutte pour une cause, il est humain d'en considérer l'avènement comme une récompense. Mais il faut bien reconnaître que c'est précisément la méthode à laquelle les principaux soutiens d'Ingrid Bétancourt étaient opposés qui a été couronnée de succès.

La diplomatie française en revanche, et pour autant que l'on sache aujourd'hui, assiste à un nouvel échec de ses principes et de sa méthodologie. Ni les déclarations lyriques, ni les gesticulations en coulisses n'auront été d'un grand secours à Ingrid Bétancourt, comme le note Toréador :
L’armée a plus fait pour la libération d’Ingrid que les navettes ambigües de Chavez, les grandes déclarations de Noël de Sarkozy ou les hélicoptères de Villepin.
Dans ces conditions, la présence de la famille d'Ingrid Bétancourt aux côtés de Nicolas Sarkozy, hier soir, relève plus de la bienséance — pour leur part — et de la récupération — pour la sienne — que d'autre chose. Mais pourquoi s'en priver ?

Enfin, pas un mot, ou presque, sur les 14 autres otages libérés avec l'ancienne candidate. Tout au plus PPDA évoquera-t-il, dans la confusion, "des militaires américains", avant de corriger : "trois Américains et des militaires". Le cas d'Ingrid Bétancourt était peut-être le plus symbolique, de par son engagement politique ; aussi l'empathie est-elle plus spontanée envers la franco-colombienne ; mais une telle subjectivité porte quelque chose de profondément dérangeant.

Ceci dit, le plus important, c'est évidemment ça.
 

Dylan et la loi

Bob Dylan est le chanteur rock le plus cité par la justice américaine dans ses décisions ; même la cour suprême a fait référence à un vers de Like A Rolling Stone dans un arrêt récent.

A ma prestation de serment au barreau de New-York, le juge l'avait lui aussi cité dans son discours : "Je me permets de reprendre un poète de ma génération... Bob Dylan". Impossible hélas de me rappeler du vers qui a suivi. Le stress du moment, certainement.

Il n'empêche, cet article du New York Times est la parfaite illustration de la différence entre une justice de common law et une justice basée sur le code. Vous imaginez la cour de cassation citer... citer qui, justement ?