Yes, We Can!*

L'Iran bloquerait plus de cinq millions de sites Internet. La Chine est suspectée d'utiliser une police secrète du Web. Dans ce contexte où deux des pays les plus représentés sur Internet (l'un en termes de pourcentage de population connectée, l'autre en nombre d'utilisateurs) organisent une censure drastique, la France, grande démocratie et pays des droits de l'homme devant l'éternel, ne pouvait se permettre de rester les bras ballants.

L'Union pour un mouvement populaire non plus. Le parti présidentiel, toujours très productif, propose à l'Assemblée nationale un amendement visant à soumettre les sites de partage collaboratif à l'auguste contrôle du Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui sera chargé, dans son infinie sagesse, de labéliser les YouTube, Dailymotion et autres Seesmic en fonction de leur degré de protection de l'enfance et de l'adolescence. La liberté de l'information est à ce prix.

Mais la liberté n'est pas la seule préoccupation de la majorité, qui n'oublie pas l'économie. Et en bons spécialistes du Web, nos représentants savent bien que, dans un contexte de crise économique, la survie des entreprises passe nécessairement par l'innovation technologique. L'amendement prévoit donc également de soumettre ces services à une nécessaire contribution au financement national d'oeuvres audiovisuelles dont le monde nous envie la qualité. Dans un souci d'équité, cet objectif sera atteint via des achats forcés de droits, et un peu de contributions obligatoires à un fonds de financement.

Les entrepreneurs cosmopolites à l'américaine ont beau gesticuler, ils n'entraveront pas la marche du progrès !

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* En français : Oui, nous canons ! (Je précise avant de me faire taper sur les doigts.)

 

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