Rien n'a changé
lundi 8 décembre 2008
Une fois n'est pas coutume, c'est complètement par hasard — en recherchant dans mes archives des notes datant de 2005 sur le droit des mandats au États-Unis, pour ne rien vous cacher — que je suis tombé sur un article de Charles Wyplosz publié dans le Monde le 22 avril 2005, traitant du référendum sur la constitution européenne qui allait déboucher, le 29 mai de la même année, sur l'échec que l'on sait.
Le non : un drame pour la France, pas pour l'Europe : une analyse qui demeure implacable quant aux causes profondes du rejet français de la constitution européenne, véritable révélateur de nos blocages nationaux. Les extraits qui suivent n'ont pas pris une ride.
En revanche, pour la France, le non est très grave. Il confirme l'incapacité de notre pays à moderniser la vision qu'il a de lui-même et du monde qui nous entoure. Non, la France n'est pas une grande puissance qui peut rivaliser avec les grands de ce monde. Non, le français n'est plus la grande langue internationale de référence. Non, nos prouesses culturelles et scientifiques n'attirent plus les élites mondiales de demain. L'exception française ne fait que recouvrir des archaïsmes qui déroutent nos partenaires et qui nous coûtent très cher, en prestige mais aussi en emplois et en niveau de vie.
(...)
Les Français, et la plupart de leurs dirigeants politiques, ont une vision idéologique de ces questions. Il y a le mal — le profit, les multinationales, les marchés financiers — et le bien — les pauvres, les chômeurs. Profondément empreinte de marxisme, cette vision est à mille lieues de la réalité. Il est politiquement correct de rejeter d'un revers de manche le "modèle anglo-saxon", de le déclarer inadapté à nos traditions. Mais comment expliquer la stagnation prolongée de l'économie française ?
(...)
Nous nous nourrissons de slogans — ultralibéralisme, dumping social, fracture sociale, citoyenneté — mais ils sont creux, parce qu'ultrasimplistes. Nous adorons opposer le modèle social européen à l'individualisme américain, mais il n'y a pas de modèle social européen. C'est bien pour cela que notre insistance à avoir une politique sociale européenne ne peut aboutir : à chacun de balayer devant sa porte, disent nos partenaires, et ils le font.
Plus de trois ans plus tard, et malgré les effets de manche, il semble que nous n'ayons pas avancé d'un pouce.


