Ivan Rioufol et le "nazislamisme"
lundi 15 décembre 2008
Pour ma part, je crois cette perspective atteignable, à la condition que le nazislamisme (d'autres parlent d'islamo-fascisme), cette lecture totalitaire de l'islam, soit clairement désigné et combattu.
La phrase est d'Ivan Rioufol, issue du dernier billet publié sur son bloc-notes (le gras est d'origine). Je passe sur la thèse générale, discutable mais pas ridicule, de l'article : qu'il existe à présent une démocratie digne de ce nom en Irak.
S'il est de plus en plus généralement admis (et encore...) que l'on utilise le mot fascisme pour qualifier les idéologies ou les comportements politiques violemment opposés à la liberté individuelle, alors que le mot renvoie en réalité au mouvement totalitaire mené en Italie entre les deux guerres par Benito Mussolini et ses chemises noires, il n'en est (pour l'instant du moins) par encore de même pour le nazisme.
Ce qui me dérange profondément là-dedans, c'est donc ce mot : nazislamisme. Nazislamisme. C'est la contraction de nazisme et d'islamisme. Le mot et non sa définition, telle que donnée par Rioufol : je ne doute pas qu'il existe une "lecture totalitaire de l'islam", ni même que celle-ci confine, parfois du moins, au fascisme (en tant que haine de la liberté).
Mais je crois en revanche que l'amalgame — c'est le cas de le dire, pour une fois — ainsi réalisé entre nazisme et islamisme révèle, alternativement ou cumulativement, deux abus assez graves :
- Soit une crainte de l'islam (totalitaire dans le meilleur des cas, mais hélas de l'islam tout court pour certains) démesurée au point qu'à court d'arguments, on compare celui-ci au mal absolu, à ce projet de mort aussi barbare que méthodique que fut le nazisme.
- Soit, c'est peut-être pire, une légèreté intellectuelle si grave qu'elle fasse relativiser ledit mal absolu, c'est-à-dire à considérer qu'au fond tout se vaut, tant et si bien que l'on peut, pour étayer un argument somme toute banal sur les dangers du fanatisme religieux, agiter l'épouvantail d'un régime dont un des objectifs prioritaires fut pratiquement atteint par la destruction de six millions de vies humaines et la quasi-éradication du judaïsme européen.
En d'autres termes, on est soit dans l'islamophobie compulsive, soit dans la banalisation coupable — à moins qu'il ne s'agisse des deux à la fois. L'outrance, monsieur Rioufol, dessert même les intentions les plus louables.


