C'est l'avis de Sudhir Venkatesh, professeur à Columbia et spécialiste de la question sociale aux États-Unis et en France. Son article est argumenté, disponible sur le site du New York Times, et il fait froid dans le dos.

Venkatesh justifie son analyse — "Je prédis que le monde verra les villes françaises s'embraser à cause du malaise social en 2009, 2010 au plus tard... 2011 à coup sûr." — en cinq points :

  1. Le reste du pays pense qu'ils (les jeunes des banlieues) sont heureux comme tout (Non, je suis sérieux).
  2. Les armes, les armes, les armes. Pour la première fois, j'ai entendu des jeunes gens dire en France que les armes à feu sont en train de se répandre dans leurs quartiers. Fait attention ! Les gendarmes. (En français dans le texte.)
  3. L'économie française est en lambeaux, et le gouvernement n'a pas d'argent ; les programmes d'aide en place qui amortissent habituellement le malaise des classes ouvrières seront précipitamment réduits dans les années à venir. Combinez ceci avec le numéro 1 ci-dessus, et le sentiment d'abandon des jeunes sera intensifié par la faim. Souvenez-vous que les Français ont créé une banque nationale (la Caisse des Dépôts) afin d'assurer que les citoyens aient du pain sur leurs tables quand l'empereur se faisait avare. Parfois, il peut être sage de répéter l'histoire.
  4. Les médicaments : les Français sont dingues du Prozac. J'ai soutenu que l'auto-médication réduirait les probabilités d'émeutes aux États-Unis. En France, cela ne fait qu'amplifier l'état de déni national.
  5. La presse. Les médias français adorent les émeutes. C'est le seul moment où ils accordent de l'attention à la jeunesse noire. Les jeunes le savent.

Et de conclure :

Le fait de recueillir des statistiques sur la race / l'éthnicité / l'origine nationale aidera-t-il réellement les Français à prévenir les émeutes ? Probablement pas. Mais personne ne pensait que les SMS seraient une des clés de l'élection d'un président afro-américain aux États-Unis. France, réveille-toi.

Évidemment, seul l'avenir nous dira si nos yeux étaient trop rivés sur la page de nos lubies nationales pour intervenir à temps, malgré les signes, ou si nous sommes au contraire en présence d'un rêve de Cassandre. Mais une chose demeure certaine : "L'action n'apporte pas toujours le bonheur, mais il n'y a pas de bonheur sans action." (William James)

 

blog comments powered by Disqus