Après le SMIC, faut-il instituer un salaire maximum ?
samedi 1 novembre 2008
Je viens de lire chez mon camarade Xerbias un billet intitulé Le salaire des grands patrons et, une fois n'est pas coutume, ce que j'ai commencé à rédiger comme un commentaire s'est peu à peu transformé en billet à part entière.
Démarrant sa réflexion sur l'augmentation supposée des inégalités aux États-Unis sur les bases d'un essai récent de Paul Krugman, The Conscience of a Liberal, Xerbias écrit, au coeur de son argumentation :
La vérité est qu'il n'y a pas de réel marché des chefs d'entreprises comme il y en a un pour les footballeurs. Les différences de performances ne sont pas telles qu'un changement de dirigeant suffise à couler une entreprise du jour au lendemain. Dès lors, il ne saurait être question d'augmenter les salaires de craintes d'un départ.
Je détecte dans cette argumentation trois mouvements successifs, et autant d'erreurs :
1. Xerbias se passe de démontrer cette "vérité", pour une raison très simple : ça n'en est pas une. Au sein du marché du travail, il existe évidemment un marché pour les grands dirigeants, ce qui est différent d'un "chef d'entreprise". Sur ce marché, il existe une offre — les managers en activité ou en recherche d'emploi —, une demande — les entreprises à la recherche de nouveau leadership, et des prix, fixés par le jeu de ces deux dernières. Si ce marché n'existait pas, tu ne pourrais pas écrire, comme tu le fais, que "les chefs d'entreprise du CAC 40 seraient les mieux payés d'Europe" ; une affirmation que tu oublies également d'étayer.
2. S'il était vrai que changer de dirigeant ne suffit pas à "couler" une entreprise, il faudra m'expliquer ce que l'on a reproché (à tort ou à raison), par exemple, à Jean-Marie Messier chez Vivendi ; ou pourquoi on tient tant à Steve Jobs chez Apple. Je conçois fort bien que la complexité des différentes missions d'un grand dirigeant les rende assez difficiles à discerner et à évaluer financièrement pour qui n'entretient pas une connaissance régulière de ces entreprises. Mais cela ne signifie pas qu'elles sont inexistantes !
3. Qui augmente les salaires ? Les actionnaires ou le conseil d'administration, qui les représente. Augmenter le salaire d'un dirigeant est un acte de disposition afférant à la propriété privée des actionnaires, l'entreprise. Dans une démocratie libérale, un tel acte de disposition relève de la liberté contractuelle. Les actionnaires sont donc libres de disposer de leur propriété, et donc d'y procéder par crainte d'un départ, pour s'aligner sur le marché, ou bien encore pour obtenir de meilleures performances, ou même parce que ça leur chante ! Ce dont il ne saurait être question, c'est bien plutôt pour un tiers ou pour l'État de prendre part à une telle décision.
Qu'on ne s'y méprenne pas : je respecte totalement les opinions de Xerbias, et j'apprécie son goût de la réflexion, qui va le plus souvent bien au-delà de la surface des choses. Mais ce billet confirme à mes yeux que sur certaines questions, la passion l'emporte très largement sur la raison. La rémunération des grands dirigeants, tout comme les "parachutes dorés", en fait partie.
Il s'agit pourtant d'un sujet extrêmement périphérique non seulement en relation avec la crise économique, mais également avec l'objectif avoué de "moraliser le capitalisme". Un objectif dont les motivations me semblent relever bien plus de la politique intérieure que de la philosophie, et ce à plus d'un titre.


