Paris sous l'Occupation

Presque par hasard, je suis tombé sur cet article magistral de Laurent Gloaguen : Paris sous l'Occupation. C'est d'un détail et d'une intelligence rares ; et en plus c'est parfaitement écrit, tout en laissant leur part à de saisissants témoignages.

Quel travail ! Cette lecture terminée, penchez-vous là-dessus : La société de défiance, par Yann Algan et Pierre Cahuc.

L'un et l'autre de ces deux textes expliquent assez bien, ensemble, les origines de la panade dans laquelle nous sommes.
On peut dire qu'il a le sens de la formule :
L’erreur des Farc fut sans doute là : d’avoir croisé un jour le chemin
d’une femme plus forte qu’eux.
En regardant hier soir le flash spécial de TF1 sur la libération d'Ingrid Bétancourt, je m'étais juré de ne pas écrire de billet sur le sujet ; je me serais senti coupable de céder au meme.

Mais je me suis dit que finalement il n'y avait pas de raison de s'autocensurer.

Alors évidemment, la libération d'un femme prisonnière de la guerilla marxiste depuis plus de six ans, c'est une bonne nouvelle pour toute personne normalement constituée. Là-dessus, rien à dire. Mais en regardant, donc, ce fameux flash spécial, je me suis dit que même sur un sujet aussi consensuel, quelque chose ne tournait pas rond dans notre belle France.

Tout d'abord, sur la forme, j'ai trouvé la communication de l'Elysée (et de TF1) assez brouillonne. D'abord on refuse de confirmer ; ensuite on annonce une allocution pour 22h30 ; puis 23 heures, et a priori sous la forme d'un message enregistré ; finalement, une conférence de presse en direct où l'émotion le dispute hélas à l'amateurisme (Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner discutant entre eux pendant la prise de parole de la fille d'Ingrid Bétancourt). Et pendant que PPDA expliquait avoir "peu d'informations" sur les conditions de cette libération, on pouvait voir en fond les images de la télévision colombienne, où l'armée expliquait les détails de l'opération.

Mais c'est surtout sur le fond que j'ai été surpris. Surpris d'entendre chaque intervenant ou presque se féliciter de la victoire de la mobilisation internationale et des comités de soutien, alors que comme le souligne fort justement Toréador, la libération d'Ingrid Bétancourt est inconstestablement une réussite pour l'armée et les renseignements colombiens.

La mobilisation internationale a certes pu contribuer indirectement cette issue heureuse, en maintenant les gouvernements sous pression. Et après tant d'années de lutte pour une cause, il est humain d'en considérer l'avènement comme une récompense. Mais il faut bien reconnaître que c'est précisément la méthode à laquelle les principaux soutiens d'Ingrid Bétancourt étaient opposés qui a été couronnée de succès.

La diplomatie française en revanche, et pour autant que l'on sache aujourd'hui, assiste à un nouvel échec de ses principes et de sa méthodologie. Ni les déclarations lyriques, ni les gesticulations en coulisses n'auront été d'un grand secours à Ingrid Bétancourt, comme le note Toréador :
L’armée a plus fait pour la libération d’Ingrid que les navettes ambigües de Chavez, les grandes déclarations de Noël de Sarkozy ou les hélicoptères de Villepin.
Dans ces conditions, la présence de la famille d'Ingrid Bétancourt aux côtés de Nicolas Sarkozy, hier soir, relève plus de la bienséance — pour leur part — et de la récupération — pour la sienne — que d'autre chose. Mais pourquoi s'en priver ?

Enfin, pas un mot, ou presque, sur les 14 autres otages libérés avec l'ancienne candidate. Tout au plus PPDA évoquera-t-il, dans la confusion, "des militaires américains", avant de corriger : "trois Américains et des militaires". Le cas d'Ingrid Bétancourt était peut-être le plus symbolique, de par son engagement politique ; aussi l'empathie est-elle plus spontanée envers la franco-colombienne ; mais une telle subjectivité porte quelque chose de profondément dérangeant.

Ceci dit, le plus important, c'est évidemment ça.

Dylan et la loi

Bob Dylan est le chanteur rock le plus cité par la justice américaine dans ses décisions ; même la cour suprême a fait référence à un vers de Like A Rolling Stone dans un arrêt récent.

A ma prestation de serment au barreau de New-York, le juge l'avait lui aussi cité dans son discours : "Je me permets de reprendre un poète de ma génération... Bob Dylan". Impossible hélas de me rappeler du vers qui a suivi. Le stress du moment, certainement.

Il n'empêche, cet article du New York Times est la parfaite illustration de la différence entre une justice de common law et une justice basée sur le code. Vous imaginez la cour de cassation citer... citer qui, justement ?

Pour aller plus loin

Là ça devient très technique, mais extrêmement intéressant pour les (anglophones) plus courageux. Ah oui, et il faudrait lire ça aussi. Le tout signé Mark Thoma.

On est dimanche, et je dois aller voir ma nièce qui vient de naître, alors je n'en dis pas plus.
Tyler Cowen (à qui j'ai piqué l'idée des "meilleures phrases") :
Bien sûr les gens qui accusent la "spéculation" ne semblent pas avoir de définition cohérente du concept à l'esprit ; c'est un autre problème avec leur argument.
C'est évidemment toujours sur le même sujet (je sais, j'enfonce le clou).