Ce blog est à présent fermé

Ce blog renferme mes archives jusqu'à aujourd'hui, 23 juillet 2009. Pour mes nouveaux billets, rendez-vous sur http://sfadj.com.
 

Après pas mal de réflexion et de discussions, j'ai pris la décision de fermer ce blog et de le remplacer par un nouveau paradigme à la fois plus souple et plus riche : le lifestreaming.

Cela ne signifie pas que j'arrête de publier des billets sur les sujets qui me tiennent à coeur. Mais le blog politique "à l'ancienne", avec tout ce que le concept implique sur la forme comme sur le fond, c'est terminé en ce qui me concerne. Mes raisons principales sont les suivantes :

  • J'ai envie de pouvoir discuter de tous les sujets qui m'intéressent — pas seulement de politique. Or, sur les blogs, à quelques exceptions près, la règle est de compartimenter les sujets de discussion. Depuis quelques temps, j'écris de plus en plus de billets sur les nouvelles technologies. Je veux pouvoir continuer sans me dire que je dénature mon blog politique ou que j'ennuie mon audience.
  • J'ai envie de pouvoir publier des débuts d'idées en quelques lignes, sans prendre le temps d'ordonner le tout en un billet cohérent. C'est évidemment faisable sur un blog, mais le format est beaucoup trop "lent" pour le faire souvent. Je veux pouvoir envoyer quelques lignes en moins de deux minutes, sans lancer de logiciel particulier ou passer par une interface complexe.
  • J'ai envie de pouvoir partager des contenus automatiquement sur tous les réseaux sociaux que j'utilise : Facebook, Twitter, Friendfeed, etc. Avec un blog classique, il me faudrait utiliser des services complexes, mal foutus et lents du type "Twitterfeed", etc. Je veux une plateforme qui publie elle-même, automatiquement, mon contenu sur tous mes réseaux sociaux.
J'ai découvert récemment un nouvel outil qui correspond à tous ces besoins : Posterous. Avec Posterous, pas besoin de paramétrages sans fin, aucune contrainte de forme : j'envoie un email à l'adresse "post@posterous.com", et le service se charge de publier le contenu sur un blog créé automatiquement. Je peux envoyer du texte, des photos, du son, et même des fichiers Office ou PDF : tout est intégré au billet, et répercuté automatiquement sur Facebook, Twitter, Friendfeed, etc. Posterous peut également publier mes photos sur Flickr, les vidéos sur YouTube, j'en passe et des meilleures.

Ce qui change :
  • Ce site (http://blog.sfadj.com) ne sera plus mis à jour. Pour lire mes nouveaux billets, il faut aller sur http://sfadj.com. L'ancien blog ne sera toutefois pas supprimé, et restera disponible en ligne et indexé par Google. Simplement, il n'hébergera que mes archives jusqu'à aujourd'hui.
  • Je ne traiterai plus uniquement de politique et d'économie. Attendez-vous à des billets sur le droit, les nouvelles technologies, et peut-être même sur d'autres sujets plus insolites : j'ai décidé d'écrire sur tous les sujets qui retiendront mon attention, même ponctuellement.
  • Comme le reste de la blogosphère française, j'ai décidé de me mettre plus sérieusement à Friendfeed. Posterous présente l'avantage de publier automatiquement mes contenus sur Friendfeed, et les commentaires postés sous mes billets seront également agrégés sur cette plateforme.
Ce qui ne change pas :
  • Le flux RSS que vous utilisez aujourd'hui redirige automatiquement vers le nouveau. Pas besoin de modifier votre abonnement dans Google Reader ou dans Netvibes, donc.
  • Je continuerai à écrire sur l'économie et la politique françaises et internationales, et vous pourrez bien sûr continuer à commenter.
  • J'utilise encore Twitter pour discuter de tout et de rien et pour échanger des liens à la volée : n'hésitez pas à m'y ajouter.
Si tout cela vous paraît obscur et technique, un peu de patience : continuez à me suivre via RSS ou sur http://sfadj.com, et petit à petit vous verrez se dessiner les changements qui sont, je pense, absolument inévitables dans la blogosphère : diversification et centralisation des contenus, et passage de la diffusion à la conversation.
 

Plus de dix jours sans rien écrire ici. Les raisons ? Beaucoup de boulot, donc peu de temps pour mettre une idée à plat, et surtout de plus en plus d'outils pour partager des débuts d'opinions et des contenus sans trop se fouler : Twitter bien sûr, mais également Google Reader, Friendfeed (qui plaît de plus en plus aux blogueurs français), et surtout mon nouveau jouet préféré : Posterous.

Mais souvent, quand le blogueur se fait un peu trop discret, il est rappelé par sa communauté. Ca n'a pas manqué dans mon cas : j'ai été tagué non pas une, ni deux, mais trois fois, sur deux chaînes différentes.

La première : suite à un nouvel éclair de génie venu d'en haut, il s'agit de formuler une série de questions sur le thème "Est-il normal que... ?". J'ai été rappelé à l'ordre par Gaël et par H16. Essayons donc de faire ça proprement : messieurs, j'ai ce qu'il vous faut ici.

La deuxième (plus difficile) : Mathieu me demande de me prendre pour un blogueur de droite, et de répondre aux deux questions suivantes :

  1. En ces temps de crise généralisée des valeurs et du "système", quels seraient vos points d'ancrage idéologiques à droite ?
  2. Étant à droite, que soutiendriez-vous plus que tout dans l'action du président Sarkozy ?

Pas évident : encore faut-il définir ce qu'est un blogueur de droite, donc ce qu'est la droite. Vaste programme. Sans trop m'étaler, je vais partir de l'hypothèse de travail suivante : les électeurs que l'on appelle "de droite" ont généralement en commun les traits suivants : conservatisme social mâtiné d'autoritarisme ; attachement sincère aux "valeurs" et à l'identité (avec souvent une certaine confusion entre les identités collective et personnelle) ; une pincée d'individualisme. Tout cela est évidemment extrêmement schématique, mais essayons tout de même de répondre aux deux questions posées dans cette optique :

  1. Dans une logique conservatrice, la réponse idéologique à la crise, c'est souvent le repli. Le principal point d'ancrage serait donc la préservation, le cas échéant par la puissance publique, de l'identité française (pour faire face à la mondialisation). On aurait un ministère spécial pour l'immigration et l'identité nationale, et on menacerait d'interdire les signes extérieurs d'extranéité. Le deuxième volet d'une réponse conservatrice, c'est l'aspect individualiste : certes, l'État préserve la société, mais il revient à chacun de se donner les moyens d'améliorer ou de maintenir sa situation individuelle. Mais comme ce second volet est assez largement incompatible avec le premier (Pour "préserver la société", l'État doit nécessairement l'englober ; ce qui est impossible sans contraindre et donc déresponsabiliser les individus qui la composent ; c'est mécanique), le numéro d'équilibriste n'est jamais très loin. Gare à la chute.

  2. Si j'étais à droite, c'est-à-dire si je présentais cet attrait paradoxal pour l'ordre et pour la réussite ; pour l'autorité et pour la responsabilité, ce que je soutiendrais plus que tout dans l'action du président Sarkozy, c'est précisément l'équilibre aussi illusoire précaire qu'indispensable qu'il s'efforce de représenter — celui de quelqu'un qui veut réussir le changement pour qu'enfin, l'ordre soit respecté. J'essaierais de me convaincre qu'un tel équilibre est réalisable, et il essaierait de me convaincre qu'il est le seul à pouvoir y parvenir.

Voilà. Je refile le premier bébé au Faucon et à Seb, et le second à Gaël et à H16.


 

Psychologie du troll

Après m'être fait insulter par un commentateur un peu hargneux (mais apparemment sincèrement blessé), j'ai dit sur Twitter :

twitter_troll

Ni une ni deux, l'excellente Myriam a comblé et même dépassé mes attentes en sortant de derrière les fagots un texte extraordinaire :

Trolls: Simple Vandals or a Unique Social Movement?
A Psycho-Sociological Discourse on Internet Trolls (lien)

Malgré son âge avancé (dix ans, soit à peu près l'équivalent de cinq siècles sur Internet), ce papier rédigé par une dénommée Amy Dhala, apparemment d'un master en sociologie, couvre tous les aspects du phénomène.

Après une honorable tentative de définition, l'auteur propose une typologie des trolls : le classique, avec une personnalité cyclothymique et une intelligence au-dessus de la moyenne mais un goût un peu trop prononcé pour la polémique ; l'obsessif, qui n'apparaît que quand son thème de prédilection est abordé, pour satisfaire un besoin de création refoulé ; l'abstrait (de loin mon préféré), un narcissique dont les commentaires sans fin dérivent inévitablement vers l'absurde ; et enfin le malveillant, qui spamme et insulte pour assouvir une personnalité histrionique et, dans de nombreux cas (si, si), des problèmes érectiles et énurétiques.

Vient ensuite une étude sur les causes prépubères, adolescentes et adultes du phénomène. Sur les premières, l'auteur va jusqu'à conjecturer que les trois premiers types de trolls étaient un peu trop attirés par le sexe opposé pendant l'enfance, alors que le dernier (les malveillants) probablement pas assez. Après l'adolescence, malveillants mis à part, 97% des trolls déclarent avoir déjà pris de la marijuana, 74% du LSD, 23% des amphétamines, 22% des champignons hallucinogènes, et 18% de la cocaïne. Ma conclusion personnelle : le troll de base est un fieffé mythomane. Enfin, le troll s'emmerde sec au boulot. Pas étonnant.

Pour plus de détails, je vous invite chaleureusement à lire le papier en entier — ne serait-ce que pour les interviews de sujets-test à la fin. Ca vaut le détour !

 

HADOPI 2 : les masques tombent

J'allais faire un billet pour expliquer en quoi HADOPI 2 me fait regretter la première mouture, quand je me suis rendu compte que ce travail avait déjà été fait... par un membre de la majorité !

C'est Lionel Tardy, député de la Haute-Savoie (UMP), qui s'y est collé. Et il a fait un super boulot : violation des correspondances privées, séparation des pouvoirs, légalité des délits et des peines, principe de proportionnalité... ce député définitivement non-godillot n'a rien oublié. (via le Faucon.)

Là-dessus, deux remarques :

1. J'ai du mal à décider s'il est plutôt étrange ou réconfortant de constater que la critique la plus dure (mais aussi la plus brillante) du texte provient des rangs de la majorité. Que fait la gauche ? (Réponse : pas grand chose.) Mais tout n'est pas perdu : Lionel Tardy et quelques autres prouvent qu'à défaut d'opposition, une contradiction constructive demeure possible au Parlement.

2. L'impression est tenace selon laquelle, censuré par le Conseil constitutionnel, le gouvernement a décidé d'opter pour la fuite en avant, avec un texte d'application encore plus large. En effet, ne sont plus visés les seuls téléchargements, mais à présent toute forme de contrefaçon réalisée en ligne. Le site PC Impact fournit l'exemple suivant :

Imaginons un internaute qui pompe en trois clics une photo de l’AFP pour illustrer son petit blog personnel. Il commet un acte de contrefaçon, qui plus est en ligne, il pourra donc être puni d’un an de suspension d’accès en plus d’une peine de contrefaçon (jusqu’à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende).

L'objectif de lutte contre le "piratage" était discutable, hypocrite même parfois, mais au moins conférait-il au premier projet HADOPI sinon un semblant de légitimité morale, du moins une forme de rationalité interne — celle des lobbies. Avec cette nouvelle mouture, on ne s'embarrasse même plus de prétextes : c'est bien au progrès lui-même que ce gouvernement a décidé de faire la guerre.

 

C'est le thème de la table ronde à laquelle j'ai eu le plaisir de participer, lundi 29 juin dernier, sous l'égide de la Fondation pour l'innovation politique.

Organisé par Dominique Reynié, le débat portait sur la récente publication d'une "Déclaration des droits fondamentaux numériques" proposée par Hervé Morin en tant que président du Nouveau centre, autour duquel était réuni un groupe de travail composé de juristes, d'universitaires et de spécialistes des nouvelles technologies.

La discussion, ouverte aux questions des internautes via Twitter, fut aussi intéressante que le laissait présager la liste des participants : un véritable bol d'air frais entre les épisodes HADOPI et LOPPSI. Deux initiatives avec lesquels l'esprit de la charte proposée par Hervé Morin, principalement axée sur les droits de l'utilisateur (accès à Internet, propriété des informations, vie privée, anonymat...), est clairement incompatible.

Deux remarques, toutefois, que je n'ai pas pu développer au cours de la table ronde, faute de temps :

1. Contrairement aux idées reçues, l'essentiel des droits listés dans la déclaration ne sont pas en premier lieu menacés par Google, Facebook et consorts, mais les États eux-mêmes. Les exemples chinois et iranien, abordés au cours de la table ronde, le démontrent sans ambiguïté, tout comme chez nous, dans une moindre mesure heureusement, les projets HADOPI et LOPPSI. Penser ou laisser penser que les entreprises constituent pour les utilisateurs une plus grande menace que les États relève au mieux d'un sérieux manque de recul, au pire d'un tropisme anticapitaliste à la limite du comique.

2. S'il est en effet important de fixer un certain nombre de droits fondamentaux sur Internet, ces droits ne devraient pas, dans la mesure du possible, constituer des freins à l'innovation. Il est piquant de constater que pendant que nous discutons de respect de la vie privée et de traçabilité des informations personnelles, les gourous du web américains réfléchissent aux nouveaux usages et à leur impact sur la société. Ne laissons pas se creuser davantage le fossé entre une Amérique qui fait et une Europe qui dit.  

Un résumé des débats est disponible sur le site de la fondation.

P.S. : En bonus, une photo de votre serviteur quand il prend son air intelligent :

rubin_fondapol

P.P.S. : Un grand merci à Philippe Chriqui, qui a eu la gentillesse de penser à moi pour participer au débat, et à Roya pour sa disponibilité et son assistance.

 

Travail le dimanche : ad nauseam

Je suis pour l'autorisation du travail le dimanche. Depuis le début. Mais là, ça commence à devenir ridicule. La branche armée de l'ENA, canal historique, nous avait sorti, en mai dernier, un texte à vous dresser les cheveux sur la tête :

Notez au passage la puissance du raisonnement : pour qu'une agglomération mérite le droit au travail dominical, elle doit, au préalable, connaître un usage de consommation le dimanche. C'est d'une logique... renversante. Dans le même esprit : vous ne serez autorisés à créer votre entreprise que si votre chiffre d'affaires des trois années précédentes le justifie.

Ensuite, le texte lui-même est parfaitement illisible : dérogations à la règle, exceptions à la dérogation, exceptions à l'exception, autorisation préfectorale, décret en Conseil d'État, avis du conseil municipal (!), des chambres de commerce et d'industrie, consultation syndicale, accord collectif, référendum d'entreprise, même : tout y passe. Toutes les complexités inutiles, toutes les procédures ubuesques, tous les aréopages corporatistes que connaît l'économie administrée à la française sont mobilisés dans les deux petites pages sur lesquelles tient l'article unique de la proposition. Sur le fond, c'est un modèle de délire technocratique ; sur la forme, un véritable attentat légistique.

Il me semble que c'est le même texte qui revient sur le bureau des députés, ces jours-ci. Ou peut-être qu'on l'a encore un peu "affiné", à en lire Jean-Michel Aphatie. Très sincèrement, je n'ai pas la force de vérifier. Si on voulait vraiment permettre aux commerces d'ouvrir le dimanche, alors il fallait faire passer la réforme au forceps. La négociation, le compromis, etc., tout ça c'est très bien, mais si c'est pour aboutir à des propositions de lois pareilles, je préfère encore qu'on en reste là.

Parce que si le jeu politique est, dans notre pays, bloqué au point de ne même pas pouvoir accoucher d'une réformette permettant de nous aligner sur 90% des autres pays développés, alors ce n'est pas seulement les hommes qui sont en cause, mais le système tout entier.

Et puis c'est pas comme si Nicolas Sarkozy ne savait pas lâcher le morceau : il l'a très bien fait pour les taxis ! Essayez d'attraper un taxi le dimanche à Paris...